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À son tour, Fiat Chrysler relocalise aux États-Unis

Une usine de Fiat Chrysler, dans le Michigan à Sterling Heights

Une usine de Fiat Chrysler, dans le Michigan à Sterling Heights - Bill Pugliano - Getty Images - AFP

Alors que Donald Trump n'en finit plus de mettre la pression sur le secteur automobile, le groupe italien annonce qu'il va rapatrier la production d'un gros pick-up sur le sol américain. 2.000 emplois devraient être créés.

Après Ford la semaine dernière, c'est au tour de Fiat Chrysler de relocaliser sa production aux États-Unis. Le groupe italien a annoncé dimanche 8 janvier la création de 2.000 emplois et le rapatriement de la production d'un gros pickup aux États-Unis, au moment où les constructeurs automobiles sont sommés par le président élu américain Donald Trump de freiner leurs délocalisations vers le Mexique.

Le constructeur investira un milliard de dollars d'ici à 2020 dans deux de ses usines dans le Michigan et l'Ohio, où seront créés ces nouveaux emplois, pour assembler notamment sa nouvelle Jeep de luxe Wagoneer ainsi qu'un pickup, précise son communiqué publié à la veille de l'ouverture du salon automobile de Detroit.

Il va également produire dans son usine de Warren dans le Michigan une grosse camionnette à plateau (pickup) de marque Ram, actuellement fabriquée au Mexique.

Un message à Trump

"(Le groupe) apporte une démonstration supplémentaire de son engagement à renforcer sa base manufacturière aux États-Unis", assure Fiat Chrysler, prenant bien soin d'ajouter qu'il a créé 25.000 emplois dans le pays depuis 2009.

Le message semble indirectement destiné à Donald Trump, qui a été élu sur la promesse de ramener des emplois industriels aux États-Unis et qui a multiplié les menaces contre les géants de l'automobile, accusés d'implanter leurs usines au Mexique pour y fabriquer à moindre coût des voitures destinées aux États-Unis.

Par tweets interposés, Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, s'en est ainsi pris tour à tour au numéro un américain du secteur General Motors et au leader mondial, le japonais Toyota, assurant qu'il n'hésiterait pas à leur faire payer de "lourdes taxes frontalières" s'ils ne changeaient pas de cap.

Les deux groupes, dont le cours de Bourse a été aussitôt plombé par ces menaces, ont réagi en assurant continuer à investir aux États-Unis.

Le recul de Ford

Également durement critiqué par le président élu pendant sa campagne, l'américain Ford a, lui, décidé mardi d'abdiquer en annulant la construction d'une usine de 1,6 milliard de dollars au Mexique pour investir dans une de ses installations existantes dans le Michigan et y créer 700 emplois.

Le constructeur, numéro 2 américain, a invoqué un "vote de confiance" dans l'agenda économique du futur président américain, qui a notamment décidé de sabrer l'impôt sur les sociétés.

Fiat Chrysler a pour l'heure été épargné par les attaques du président élu mais est toutefois loin d'être à l'abri. Il a ainsi récemment transféré vers le Mexique la production de sa Jeep Compass qui commencera à être exportée vers les États-Unis à partir de la fin janvier.

Renfloué en 2009 par les fonds publics alors qu'il était acculé à la faillite, il dispose de trois sites industriels au Mexique ,Toluca, Ramos Arizpre et Saltillo, où il produit essentiellement des pickups mais aussi les Fiat Fremont et Fiat 500.

Le "pragmatisme" de Carlos Ghosn

D'autres groupes automobiles ont, eux, par avance montré patte blanche, en se disant prêts à s'adapter à la nouvelle réalité politique américaine.

"Nous sommes pragmatiques, nous nous adapterons à n'importe quelle situation, à la condition que ce soit la même règle pour tous", a ainsi indiqué jeudi Carlos Ghosn, le patron de l'alliance Renault-Nissan.

Donald Trump pourra en tout cas revendiquer un nouveau succès politique, après avoir déjà obtenu en décembre, moyennant un cadeau fiscal de 7 millions de dollars, du fabricant de climatiseurs Carrier qu'il renonce à créer une usine au Mexique pour investir aux Etats-Unis et y créer 1.000 emplois.

L'industrie automobile a utilisé l'accord Aléna, qui lui permet, sous certaines conditions et sans droits de douane, d'exporter vers les États-Unis des marchandises produites au Mexique où la main d'oeuvre est moins chère.

Pendant la campagne, cet accord de libre-échange signé en 1994 a été inlassablement attaqué par Donald Trump. Le successeur d'Obama a promis de le renégocier ou de le dénoncer purement et simplement.

J.M. avec AFP