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Vivendi: le changement n'est pas pour maintenant

Il y a un an, Jean-René Fourtou lançait "une revue stratégique" de Vivendi

Il y a un an, Jean-René Fourtou lançait "une revue stratégique" de Vivendi - -

L'assemblée générale de Vivendi se tient le 30 avril. Les dirigeants avaient promis d'y faire des annonces. Mais ni cession ni nouveau dirigeant ne devraient finalement être dévoilés.

"Nous pourrions avoir des annonces à faire à la prochaine assemblée générale", promettait il y a quatre mois le président du directoire de Vivendi Jean-François Dubos.

L'échéance est désormais toute proche: l'assemblée générale se tiendra le 30 avril. Mais l'attente devrait être déçue. "Il ne faut pas s’attendre à de grandes annonces à l’assemblée générale", prévient aujourd'hui une source proche du groupe.

Mais ce n'est pas faute d'avoir essayé. Depuis un an, le président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou a ouvert toute une série de pistes. Mais celles-ci ont, hélas, débouché sur des impasses.

1/ Les cessions

Il y a un an, Jean-Réné Fourtou a d'abord voulu céder l'éditeur de jeux vidéo Activision Blizzard, avant de renoncer. Il a ensuite projetté de se désengager des télécoms, mais sans plus de succès.

D'abord, il a renoncé à vendre du français SFR, apparemment en raison des réticences de Vincent Bolloré, désormais premier actionnaire du groupe.

Ensuite, la vente du brésilien GVT a échoué. Mi-mars, l'américain Directv a annoncé qu'il "se retirait du processus", ne laissant qu'un seul autre candidat en lice, le fonds KKR.

Un porte-parole de Vivendi déclarait alors: "nous ne voulons pas brader GVT, nous prendrons le temps qu'il faut pour le vendre". Autrement dit, cet échec serait dû à une histoire de gros sous: Directv n'aurait proposé que 6 milliards d'euros, et KKR 5 milliards, là où Vivendi voulait au moins 7 milliards.

Mais, selon des sources industrielles, c'est Directv qui aurait décidé de ne pas déposer d'offre en raison des perspectives mitigées de GVT. En effet, la croissance du Free brésilien se ralentit: elle attendra +20% en 2013, contre +28% en 2012, et +39% en 2011. Surtout, l'objectif de croissance pour 2012 (+35%) n'a pas été tenu. Mais une source proche de Vivendi assure: "le retrait de Directv n’a pas de lien avec les résultats de GVT".

Reste donc Maroc Telecom. Mais, selon Reuters, les offres fermes pour l'opérateur historique doivent être déposées avant le 22 avril. Une cession ne pourra donc pas être annoncée pour l'assemblée générale du 30 avril, mais plus tard -peut être en mai.

2/ un nouveau patron

"J'ai en tout cas vocation à passer le relais à la prochaine assemblée générale, qui aura lieu le 30 avril", assurait il y a quatre mois Jean-François Dubos, citant même le nom de deux successeurs potentiels: Bertrand Meheut (le patron de Canal Plus) et Jean-Yves Charlier (directeur général délégué de Vivendi chargé des télécoms).

Mais apparement la vocation de Jean-François Dubos a changé... En effet, son mandat va se prolonger au-delà du 30 avril -Les Echos fixent même une nouvelle date butoir à "fin 2013".

Une source proche du groupe confirme: "un nouveau président du directoire ne sera pas annoncé le 30 avril. Tout fonctionne bien, et il n’y a aucune raison de se précipiter".

Mais des sources industrielles avancent une autre explication à ce contretemps. Jean-Réné Fourtou, faute de cessions, espérait bien annoncer un nouveau président du directoire le 30 avril. Et il aurait porté son dévolu sur Jean-Yves Charlier. Mais il aurait finalement renoncé, et plutôt décidé d'exfiltrer Jean-Yves Charlier à la tête de SFR, comme l'ont indiqué Les Echos.

Plusieurs explications circulent. Pour certains, Jean-Yves Charlier n'a pas rempli la mission qui lui avait été confiée: désengager Vivendi des télécoms.

D'autres doutent des capacités de Jean-Yves Charlier. "Il est poli, charmant, toujours bien mis, mais n'impressionne ni par son génie ni par sa vision", dit un de ses interlocuteurs. "Les deux sociétés qu'il a dirigés précédemment (Equant et Promethean) n'ont pas exactement été de grands succès", rappellent les analystes d'Exane. En effet, Promethean, une start up britannique dans le domaine éducatif, a vu s'écrouler ses résultats comme son cours de bourse: l'action, introduite il y a trois ans à 200 pence, en vaut aujourd'hui 17,5...

Enfin, d'autres affirment que Vincent Bolloré aurait émis des objections à la promotion de Jean-Yves Charlier.

Interrogés, Bolloré comme Vivendi se refusent à tout commentaire. Mais une source proche de Vivendi dément que Jean-Yves Charlier ait été choisi, et que Vincent Bolloré s'y soit opposé.

3/ une scission de SFR

Faute d'annoncer cessions ou nominations, une solution pour sauver la face serait d'annoncer une scission des activités télécoms, à commencer par SFR. "Les dirigeants de Vivendi confirment qu'une scission est bien à l'étude, mais pas pour tout de suite", indique une source financière.

En effet, tous les analystes financiers expliquent qu'un tel spin off est de toutes façons impossible actuellement. Car aujourd'hui, la dette du groupe profite de la bonne notation des actifs télécoms par les agences. Comme l'écrit Oddo, "selon les critères des agences de notation, les actifs média ne peuvent pas supporter une dette supérieure à deux fois l'excédent brut d'exploitation (Ebitda), contre trois fois pour les actifs télécoms". Autrement dit, si Vivendi se sépare des télécoms, il sera tout de suite moins bien noté par les agences. Les analystes estiment donc qu'une scission ne sera possible qu'avec une dette moins élevée, par exemple après la cession de Maroc Telecom.

En tous cas, cela ne serait que la troisième volte-face du groupe sur le sujet... L'idée d'une scission avait été lancée il y a un an dans la lettre aux actionnaires. Puis elle avait été écartée il y a six mois par le directeur financier Philippe Capron. Elle a été relancée mi-mars par Bloomberg. Les analystes d'Exane avaient alors écrit: "à ce stade, tout mouvement est bon pour le cours de bourse, étant donné qu'il ne s'est rien passé en 10 mois..."

4/ un rachat d'actions

Enfin, Vivendi pourrait annoncer un programme de rachat d'actions. C'est en tous cas ce que ses dirigeants ont indiqué à plusieurs analystes financiers. Là encore, l'argent proviendrait de la vente de Maroc Telecom.

Cela permettrait de calmer des actionnaires qui ont des motifs légitimes de mécontentement. En effet, le cours a baissé de 4% depuis le 1er janvier, alors que le CAC 40 a progressé de 1%. Certes, le cours avait fortement progressé (+37%) au second semestre 2012, porté par la perspective d'un grand chambardement. "Vivendi avait réussi à faire monter son cours uniquement avec des paroles. Tant que ces paroles ne se concrétisent pas par des actes, il est logique que les marchés soient déçus", décrypte un banquier.

Jamal Henni