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Vie privée : Facebook accepte de verser 5 milliards de dollars

Facebook a dévoilé une nouvelle fonctionnalité.

Facebook a dévoilé une nouvelle fonctionnalité. - AFP

Cette amende sans précédent infligée par la FTC permet de clore une enquête contre le réseau social sur sa gestion des donnés personnelles et suite au scandale Cambridge Analytica. Mais ses ennuis sont loin d'être terminés.

Les autorités américaines ont clairement décidé de serrer la vis contre le laxisme des géants du numérique concernant la collecte, la gestion et le partage des données personnelles de leurs utilisateurs. Il y a quelques jours, c’est le géant du crédit Equifax qui écopait de 575 millions de dollars minimums pour la fuite de données concernant 146 millions de personnes.

Mais ce n’est rien face à la sanction infligée par la FTC (Federal Trade Commission) à Facebook pour l'exploitation générale des données de ses utilisateurs. Le roi des réseaux sociaux accepte en effet de verser pas moins de 5 milliards de dollars pour solder l’enquête à travers un réglement à l'amiable accepté par la FTC.

Le régulateur accuse Facebook d'avoir "trompé" les utilisateurs du réseau social sur leur capacité à contrôler la confidentialité de leurs informations personnelles, d'après un communiqué publié mercredi.

Des millions d'internautes trompés

"Alors qu'il n'a cesse de promettre à ses milliards d'utilisateurs dans le monde qu'ils seraient en mesure de contrôler la façon dont les données personnelles étaient partagées, Facebook a restreint les choix des consommateurs", dit le président de la FTC Joe Simons.

La FTC reproche à Facebook d'avoir trompé des "dizaines de millions" d'internautes qui utilisent son application de reconnaissance faciale et d'avoir trompé les internautes sur l'utilisation qui serait faite de leur numéro de téléphone et sur une procédure d'authentification.

De plus, l'autorité impose la mise en place d'un comité indépendant sur la protection de la vie privée, "supprimant ainsi le contrôle absolu du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, sur les décisions affectant la confidentialité des utilisateurs", précise le régulateur.

"Davantage de confidentialité à une échelle sans précédent"

Dans un communiqué, Facebook ne s'attarde pas sur le montant de l'amende mais souligne que "cet accord exige un changement majeur de la façon dont nous appréhendons notre activité. Il s’appuie sur notre approche actuelle et renforce à la fois les exigences que nous devons respecter en matière de confidentialité, mais aussi le niveau de surveillance et de responsabilité auquel nous sommes soumis. Il donne également plus de responsabilités aux personnes qui développent nos produits, et ce, à tous les niveaux de l’entreprise. Cet accord incarne notre tournant vers davantage de confidentialité à une échelle sans précédent". 

"Le niveau de responsabilité requis par cet accord va au-delà de la législation américaine actuelle, et nous espérons que celui-ci deviendra un modèle pour le reste de notre secteur", poursuit le groupe. 

C’est évidemment un record en matière de données personnelles mais c’est à la hauteur du laxisme de Facebook qui a atteint son paroxysme avec l'affaire Cambridge Analytica, cette débâcle qui secoué les Etats-Unis en 2018, provoquant l’audition de son patron, Mark Zuckerberg, devant des parlementaires sévères et peu convaincus par les arguments avancés.

Rappelons que le géant est accusé d’avoir laissé Cambridge Analytica qui travaillait pour la campagne de Donald Trump en 2016, accéder de manière abusive aux données personnelles de 87 millions d'utilisateurs. Facebook avait pris connaissance de l’usage abusif des données des utilisateurs de son service en 2015, mais avait alors choisi de ne pas en informer le public. La firme avait demandé à Cambridge Analytica de supprimer les données. En 2018, elle a même tenté d’empêcher les révélations en menaçant la presse de poursuites. D’où l’ampleur du scandale.

Dans cette affaire, Facebook a déjà fait l'objet d'une amende de 560.000 livres sterling au Royaume-Uni fin 2018.

David Cicilline, président du sous-comité de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis sur les questions antitrust, avait qualifié Facebook de « récidiviste », en appelant à une réponse « suffisamment forte pour prévenir de futures violations ».

Mais si le montant paraît colossal, c’est une paille à l’échelle des résultats de Facebook. Pour son exercice 2018, Facebook a en effet affiché un bénéfice de 22 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 55 milliards. L’amende de la FTC correspond donc à 10% de son chiffre d’affaires.

Surtout, cette sanction et les changements demandés ne modifient pas en profondeur le business-model de Facebook. En clair, les données personnelles resteront au coeur de ses activités. Certains membres de la FTC attendaient d'ailleurs des sanctions plus structurelles.

10% de son chiffre d’affaires

Mais l'accord avec la FTC ne devrait donner qu'un bref répit à Facebook, cible de nombreuses attaques. Protection des données, cyberattaques, ou encore diffusion de fausses informations, le groupe fait l'objet de poursuites et d'enquêtes dans plusieurs pays.

Et rappelons que la plupart des GAFA sont actuellement dans le collimateur du ministère américain de la justice pour abus de position dominante.

Au-delà de la sanction, c’est bien l’image de Facebook qui est écornée et donc son attractivité. « Mark Zuckerberg doit sûrement se dire avec mélancolie qu’il est loin le temps où Facebook était une sympathique plateforme de mise en relation avec ses proches, ses amis et ses collègues. Même si presque quinze plus tard, le succès a été au rendez-vous avec quasiment la moitié des habitants de la planète inscrite au service, la réputation de Facebook s’est sérieusement désagrégée en 2018 », explique Olivier Cimelière, spécialiste des réseaux sociaux et Senior Account Director chez Euros / Agency.

Olivier CHICHEPORTICHE