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Samsung : résultat trimestriel divisé par deux, la faute à Huawei ?

Le Samsung Galaxy Fold

Le Samsung Galaxy Fold - BFMTV.COM

Si la baisse des commandes de composants du chinois a lourdement pesé, ses propres difficultés ont dans le même temps profité à Samsung.

C’est un trimestre sanglant pour Samsung. Et quelque peu schizophrénique. Car le conglomérat aura autant été pénalisé par Huawei qu’il a profité de ses difficultés actuelles.

Mais au total, le résultat est très médiocre puisque le géant sud-coréen devrait annoncer un un résultat opérationnel en chute de 56% sur un an au plus bas depuis trois ans.

Pour la période d'avril à juin, il devrait tomber à 6.500 milliards de wons (4,9 milliards de dollars), contre 14.870 milliards de wons au cours des mêmes mois de 2018, a indiqué le groupe dans un bref communiqué.

Ses ventes devraient être de l'ordre de 55.000 à 57.000 milliards de wons, contre 58.480 milliards au 2e trimestre 2018. Il n'a pas livré plus de détails.

Huawei est donc à la fois la principale cause de ce recul mais aussi le levier qui a permis à Samsung de sauver les meubles. Explications.

Samsung a d’abord souffert de la baisse brutale des commandes de composants du chinois, principalement les puces mémoire qui équipent ses smartphones. Et Samsung est le numéro un mondial de ces composants.

Rappelons en effet que les entreprises internationales ont été contraintes de limiter leurs relations avec Huawei en raison des sanctions imposées par Washington, qui soupçonne les produits du groupe chinois de représenter une menace en termes de sécurité.

Peu de chances de rebond

D’un autre côté, ces mêmes difficultés devraient doper les ventes de smartphones de Samsung, marché où il est également le numéro un mondial. Huawei table en effet sur une baisse de 40% de ses ventes, ce qui profitera mécaniquement au sud-coréen, notamment sur le très contesté segment du premium.

D’ailleurs, si les Etats-Unis maintiennent leurs sanctions, Samsung pourrait vendre 37 millions de smartphones supplémentaires par an, selon Song Myung-sup, analyste chez HI Investment & Securities. Le sud-coréen n'a néanmoins pas communiqué de chiffres à ce sujet.

Aujourd’hui, Washington a quelque peu desserré l’étau, permettant aux entreprises américaines de recommencer à commercer avec Huawei mais rien ne dit que cela durera.

Le vrai problème pour Samsung est l’évolution du marché des mémoires qui représente plus de deux tiers de ses bénéfices. La saturation du marché des smartphones (dont les volumes de ventes sont en baisse) et le recul de la demande des centres de données (datacenter) ont entraîné une importante baisse des prix qui risque de peser à long terme sur les performances du sud-coréen.

« Les prix des DRAM ont peu de chance de rebondir au second semestre », analyse ainsi Avril Wu, analyste chez Trend Force. « La quantité de puces dont Huawei aura besoin à l'avenir est un facteur décisif pour l'évolution des prix. Comme peu d'acteurs peuvent se substituer à Huawei pour acheter des puces, Samsung est contraint de baisser les prix », ajoute Jay Kim, analyste chez Sangsangin Investment & Securities.

Les smartphones permettront-ils de compenser ? Outre la baisse programmée des ventes de Huawei, le groupe mise sur les premiers terminaux 5G et sur son smartphone pliable (Galaxy Fold) qui marque une rupture avec les modèles existants. Mais vu le prix annoncé (près de 2000 euros), il ne faudra pas compter sur ce modèle pour faire du volume.

D’autant plus que le groupe a été contraint de différer la sortie de ce modèle en raison de défauts techniques constatés. Si le géant affirme que ces problèmes sont résolus, aucune date de sortie n’a encore été communiquée.

Olivier CHICHEPORTICHE