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Pourquoi Huawei devrait sortir quasiment indemne des nouvelles restrictions américaines

L'administration Trump entend limiter l'accès du géant chinois aux technologies américaines pour ses semi-conducteurs. Mais entre les exceptions et la capacité du fabricant à développer ses propres puces, les effets de ces sanctions pourraient être très limitées.

Après les accusations d'espionnage au profit de Pékin (sans apporter de preuves) débouchant sur un appel au boycott pour ses activités 5G, après que Google a décidé de le priver de ses services pour ses smartphones, Washington entend aujourd'hui assécher les capacités d'achat de composants par Huawei auprès de l'industrie américaine.

Objectif, empêcher Huawei de mettre au point des semi-conducteurs à l'étranger grâce à de la technologie américaine. Une décision "arbitraire" et "pernicieuse", selon Huawei. Il faut en effet savoir qu'on trouve encore de nombreux composants américains dans les smartphones notamment les puces réseaux 4G/5G fabriquées par Qualcomm et Intel qui permettent à ces terminaux de se connecter aux réseaux mobiles. Un composant essentiel donc.

De plus en plus de composants chinois

Alors que Huawei a réussi à contourner le boycott de Google en développant son propre système (HarmonyOS) pour ses smartphones et si les appels à ne pas se fournir chez lui pour la 5G ont finalement trouvé peu d'écho dans le monde, l'interdiction de se fournir en technologies américaines peut-il représenter un risque majeur pour la firme de l'empire du Milieu?

Rien n'est moins sûr. Huawei se tourne de plus en plus vers la production locale de composants et cela fait déjà longtemps qu'il utilise ses propres processeurs à travers sa filiale HiSilicon, lui permettant de réduire drastiquement sa dépendance aux Etats-Unis (Qualcomm étant le premier fournisseur mondial de processeurs pour le secteur).

La preuve? Des experts du Financial Times et de la Nikkei Asian Review associés au spécialiste Fomalhaut Techno ont démonté un des derniers smartphones de Huawei. Résultat, les composants américains ne pèseraient plus que 1% de la valeur des composants utilisés contre 11% dans un modèle plus ancien.

Exception pour Qualcomm

Mais Huawei n'a pour le moment pas d'autre choix que de se fournir chez Qualcomm ou Intel pour les puces 4G. Mais là encore, le risque de ne pas avoir accès à ces composants essentiels est faible.

Washington a en effet, à plusieurs reprises, accordé des délais dans l'application de ses sanctions afin de ne pas pénaliser les fournisseurs américains de Huawei. Et c'est le cas pour Qualcomm qui bénéficie d'une exception de la part de l'administration américaine. 

Dans ce contexte, "la question est de savoir si la mise en œuvre des sanctions sera vraiment stricte", s'interroge Kelsey Broderick, analyste du cabinet de consultants Eurasia Group interrogée par l'AFP.

Olivier Chicheportiche