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Orange et Free songent à s’allier

Xavier Niel, fondateur de Free et Stéphane Richard, le PDG d'Orange.

Xavier Niel, fondateur de Free et Stéphane Richard, le PDG d'Orange. - Ludovic MARIN / POOL / AFP

Les deux opérateurs envisagent de partager une partie de leurs réseaux mobiles pour accélérer le déploiement de la 4G. Une manne pour Orange, une nécessité pour Free. Et une manière de prolonger leur accord d’itinérance signé en 2012.

Free n'a plus le choix. Après les mauvais résultats publiés ce mardi, il doit désormais reconquérir des clients et investir dans ses réseaux. D'autant qu'en janvier dernier, le gouvernement et le régulateur des télécoms, l’Arcep, ont imposé aux quatre opérateurs des obligations drastiques pour la couverture en très haut débit, la 4G. Leurs investissements vont augmenter de 30% en deux ans, passant de 7 à 9 milliards d’euros. D’ici 2020, Orange, SFR et Bouygues devront installer 5000 antennes supplémentaires. Free, arrivé sur le marché il y a six ans, devra ainsi rattraper son retard et en installer environ 10.000.

Sauf que son modèle économique ne lui permet pas de dépenser 1 milliard d’euros en plus en trois ans. Avec 1,5 milliard d'euros dépensés chaque année, soit 30% de son chiffre d’affaire, l’opérateur ne peut pas aller plus loin. "L’investissement n’a jamais été aussi haut et les marchés s’en inquiètent, a expliqué le directeur général de Free, Maxime Lombardini, le mois dernier lors d’une audition devant le Sénat pour justifier la perte de 20% de l’action du groupe ces derniers mois. La mutualisation est une évidence pour déployer plus vite". Il y a quelques mois, l’opérateur a même essayé de rejoindre le réseau commun à Bouygues et SFR, en vain, selon des sources concordantes.

2000 à 3000 antennes par an

Depuis six ans, Free loue à Orange son réseau mobile pour combler son manque d'antenne. Cet accord prend fin en 2020, en même temps que les obligations gouvernementales devront être remplies. Free doit investir et envisage de partager une partie du réseau d’Orange pour limiter la facture. Selon plusieurs sources, les deux groupes échangent régulièrement sur ce sujet, et ce depuis deux années. Mais les négociations ne devraient commencer qu’après l’été.

"Le sujet est sur la table, confirme une source proche des pouvoirs publics. D’autant que le régulateur les encourage vivement". Concrètement, il s’agirait pour les deux opérateurs de déployer ces antennes supplémentaires ensemble dans les zones peu denses où Free n’est pas. Entre 2000 et 3000 antennes par an, d’ici 2020, pourraient être déployées à deux dans les petites villes de quelques milliers d’habitants, sur deux tiers du territoire.

Les deux opérateurs se tiennent par la barbichette. Free a besoin d’Orange pour remplir ses objectifs de couverture. Et inversement, il est le plus gros client de l’opérateur historique. L’accord d’itinérance du réseau a déjà rapporté 3 milliards d’euros depuis 2012 et encore 500 millions par an pour porter à plus de 4 milliards d’euros en 2020. Au-delà de cette échéance, l’accord tombera. "Une mutualisation du réseau est une manière de prolonger cet accord", reconnait un bon connaisseur du secteur.

Eviter d’être entre les mains d’Orange

Un schéma a priori gagnant pour tous. Sauf que chacun veut contrôler le système. Orange propose un accord global sur un nombre d’antennes à partager moyennement une rémunération d’environ 200 à 300 millions d’euros par an. Mais Free, soucieux de vouloir contrôler son réseau, préfère une alliance au cas par cas selon ses besoins locaux. "Ils ne veulent pas se mettre dans les mains d’Orange, explique un bon connaisseur de l’entreprise. Ils préfèrent des accords pragmatiques". Sauf qu’Orange, en position de force, met la pression: "sans notre réseau, le leur ne tient pas pour fournir de la 4G".

Free voit bien que le partage des réseaux mobiles de SFR et Bouygues, commencé en 2013, lie les deux opérateurs à jamais. Certes, ils économisent ensemble 300 millions d’euros par an et SFR a rattrapé en deux ans son retard sur la 4G. Mais ces deux opérateurs n’ont leur propre réseau que sur 6% du territoire désormais. Cet accord pèse sur leur indépendance. Lors de la tentative de rachat de Bouygues par Orange, cela a été l’un des sujets les plus compliqués à traiter. "C’est un tel degré d’implication que c’est impossible à détricoter, explique un ancien dirigeant de SFR. Ça empêche à l’un ou l’autre d’être vendu". A tel point qu’il n’y a en réalité, plus que trois réseaux mobile en France. Et bientôt deux ?

Matthieu Pechberty