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Libra : Facebook va tenter de défendre sa cryptomonnaie attaquée de toute part

« Libra » est attendue en 2020.

« Libra » est attendue en 2020. - -

Facebook est auditionné ce mardi par les sénateurs américains. Face au projet du géant californien, les critiques ne se tarissent pas des deux côtés de l’Atlantique.

Washington, Londres, Francfort… et bientôt Menlo Park ? En lançant sa propre cryptomonnaie, promise pour 2020, Facebook veut jouer dans la cour des grands. Si l’essor du bitcoin et de ses semblables virtuelles n’a pas, jusqu’à présent, fait vaciller le système monétaire, l’irruption du géant américain est loin de rassurer les Etats et leurs banques centrales, craignant que le projet de la firme de Mark Zuckerberg ne fasse des émules et vienne empiéter sur leurs plates-bandes. Avec, dans toutes les têtes, la même question : une entreprise privée pourrait-elle bientôt battre monnaie ?

Premier tour de chauffe ce mardi devant le Sénat américain. Le responsable du projet au sein du groupe américain, David Marcus, viendra défendre « Libra » lors d’une audition à Washington. L’entité indépendante qui doit chapeauter la future monnaie virtuelle, regroupant plusieurs entreprises, « n'a aucune intention d'entrer en concurrence avec les devises souveraines ou d'entrer dans l'arène des politiques monétaires », plaide David Marcus dans son témoignage, rendu public la veille, qu’il prononcera devant les sénateurs américains.

« Nous savons qu'il nous faut prendre le temps de faire les choses bien. Et je veux être clair : Facebook n'offrira pas la monnaie numérique Libra avant d'avoir répondu à toutes les inquiétudes sur la réglementation et d'avoir reçu toutes les autorisations appropriées », assure l’ex-patron français de PayPal et pilote de la cryptomonnaie de Facebook. Il devra se montrer convaincant : le ministre des Finances de Donald Trump, Steven Mnuchin, assurait encore lundi que la firme de Menlo Park « allait avoir beaucoup de travail à faire pour convaincre » l'administration américaine.

Des monnaies « volatiles » dont la valeur n’est « fondée sur rien », réagissait la semaine passée, dans l’un de ses habituels tweets, le président Trump, évoquant le risque de « comportements illégaux ». Blanchiment d’argent, spéculation, financement du terrorisme, évasion fiscale, trafic de drogue : la liste des craintes américaines à l’égard de la future monnaie virtuelle de Facebook, qui veut offrir un nouveau mode de paiement en dehors des circuits bancaires traditionnels, est longue. D’autant que les scandales successifs sur l’utilisation des données personnelles ne jouent pas en sa faveur.

« Il ne faut pas être naïf »

A la tête de la Réserve fédérale, Jerome Powell a d’ores et déjà prévenu que l'étude du projet par les autorités régulatrices du secteur financier américain allait prendre plus d’une année. « En fait, je m'attends à ce que ce soit l'examen le plus large, le plus complet, le plus prudent jamais effectué par les régulateurs et les banques centrales pour le lancement d'un projet dans le secteur des nouvelles technologies appliquées à la finance », estime David Marcus, assurant qu’il répondra à toutes les objections concernant le blanchiment d'argent ou la protection des données des utilisateurs.

De l’autre côté de l’Atlantique, ces inquiétudes sont partagées. Régulateurs et superviseurs regardent avec méfiance l’arrivée d’une entreprise privée sur le terrain monétaire. « Libra » est un « projet qui correspond à des intérêts privés […] mais je crois qu'il ne faut pas être naïf en la matière, ça n'est pas entièrement guidé, ou seulement guidé, par la recherche du bien commun », martelait le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors d'une audition devant des sénateurs français, invoquant la protection de la vie privée.

Outre cette première audition devant le Sénat américain, « Libra » s’invitera aussi au G7 Finances. Les ministres des Finances et les banquiers centraux se retrouveront mercredi et jeudi au château de Chantilly, près de Paris : au menu d’une réunion, la monnaie virtuelle de Facebook.

Jérémy BRUNO