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Les salariés indésirables de Free ont-ils été victimes de harcèlement?

Free aurait eu recours à des méthodes discutables pour pousser certaines de ses salariés au départ.

Free aurait eu recours à des méthodes discutables pour pousser certaines de ses salariés au départ. - Eric Piermont - AFP

"Une enquête de l'hebdomadaire Politis fait état de pressions de la direction d'Iliad, maison-mère de l'opérateur, pour inciter salariés à démissionner. "

Si elle devait se vérifier, l'information pourrait faire tâche. L'hebdomadaire Politis accuse le groupe Iliad, maison-mère de Free, d'avoir mis en oeuvre à partir de 2010 une série de plans secrets visant à pousser au départ des salariés afin de réduire les coûts.

Cette enquête, publiée ce jeudi 19 mai, est étayée par de nombreux témoignages recueillis dans les filiales et centres d'appels du groupe auprès de salariés, syndicalistes, avocats, et notamment auprès d'un ancien RH du site marseillais du groupe, Giorgio Mariani, qui évoque "une machine à broyer".

On y apprend que ces plans ont visé à "maquiller des licenciements" de salariés afin d'éviter les contraintes légales et financières qui auraient accompagné un plan social afin de réduire la masse salariale.

Parmi les méthodes de "pression" utilisées: la "clause de mobilité", le "dossier à construire pour faute", le "fichage des salariés," la "répression syndicale" et un "management brutal".

"Diverses techniques de harcèlement" mises en oeuvre

Lorsqu'aucune "négociation" de départ volontaire n'est possible, "diverses techniques de harcèlement sont mises en oeuvre: détérioration des conditions de travail, isolement physique et moral, demandes floues et répétées (...) une stratégie du bruissement qui consiste à mettre la pression et à attendre que les gens baissent les bras", explique l'ancien RH, cité dans l'enquête.

L'hebdomadaire publie notamment un tableau détaillé d'un des plans, baptisé "Marco Polo", contenant un listing de 45 salariés indésirables. L'entreprise y évalue précisément le coût d'un plan social, nettement supérieur à une série de condamnations en cas de procédures des salariés aux prud'hommes.

Free "conteste fermement"

L'enquête, qui mentionne nombre de condamnations de la direction du groupe pour "licenciements abusifs", passe également en revue un certain nombre de personnages clefs dont la directrice des "relations abonnés" Angélique Gérard et Xavier Niel.

Contacté à deux reprises par Politis, le groupe Iliad "n'a pas souhaité commenter" l'enquête mais "conteste fermement les propos et les faits rapportés et brandit "la menace d'une action en justice", écrit l'hebdomadaire de gauche.

Dans un communiqué publié jeudi, la fédération SUD PTT s'est félicitée "de la lumière jetée sur les pratiques anti-sociales de la direction de Free", en rappelant la condamnation pour licenciements abusifs de quatre salariés, le 11 avril 2016, de l'entreprise Free distribution, réseau des boutiques de Free-Iliad.

Y.D. avec AFP