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Les salariés déçus d'Amazon organisent la fronde sur Internet

Amazon affronte régulièrement des luttes syndicales, notamment en Allemagne, dans ses centres logistiques.

Amazon affronte régulièrement des luttes syndicales, notamment en Allemagne, dans ses centres logistiques. - Hendrik Schmidt- DPA-AFP

Un site web américain réunit les témoignages anonymes de salariés en poste ou d'ex-employés critiquant le management et les conditions de travail chez Amazon.  Les auteurs de cette initiative menacent Jeff Bezos de créer un syndicat pour faire avancer leurs revendications.

Si Amazon se fait fort de livrer efficacement les commandes Internet de ses clients, c'est au prix d'un management, réputé rude, de ses salariés. L'enquête fouillée publiée en août 2015 dans le très respecté New-York Times, a agi comme un révélateur de cette gestion rugueuse affectant l'encadrement comme les manutentionnaires des entrepôts du géant de l'e-commerce.

Cet article a eu un tel retentissement qu'il avait contraint Jezz Bezos à réagir sur Internet : "Je ne reconnais pas cet Amazon" avait-il répondu, ce qui a été interprété par beaucoup comme un déni de réalité. Mais, ces révélations ont eu aussi pour effet de libérer la parole, sous le couvert de l'anonymat, de certains de ses salariés.

Depuis quelques semaines, s'est organisé sur Internet, Face (Former and Current Employees of Amazon), un site, hébergé chez Google, de témoignages anonymes. Il réunit, comme son acronyme en anglais le suggère, ex-salariés et employés toujours en poste. Tous convergent pour dénoncer vivement (mais sans invective) les pratiques managériales en vigueur chez Amazon.

Une centaine de témoignages en ligne

Une centaine de témoignages ont été mis en ligne. On y exprime juste des faits ou des regrets de salariés déçus dont voici un florilège : "En tant que femme et jeune maman, je peux vous dire que c'est le pire endroit où il m'a été donné de travailler ", "La plupart des managers sont très bons pour parler haut et fort de la productivité mais ne font rien pour aider leurs employés à remplir leurs objectifs" ou encore "Une pratique courante chez les managers est d'encourager à parler dans le dos des autres employés".

Dans une lettre ouverte à Jeff Bezos, les fondateurs du site -composés d'employés actuels et anciens Amazon- ne comptent pas en rester là. Ils se font plus insistants: "Si vous choisissez de nous ignorer et de continuer à dénier ce qui se passe dans votre entreprise, nous allons initier un mouvement collectif pour recouvrer nos droits en créant un syndicat comme ont été contraints de le faire des générations de salariés maltraités, avant nous". Reste à savoir si la menace de créer un syndicat fédérant les travailleurs mécontents d'Amazon, sera mise à exécution.

En Allemagne, des grèves récurrentes

En dehors des États-Unis, Amazon a déjà eu maille à partir avec les syndicats traditionnels, principalement en Europe et dans les entrepôts et centres logistiques où les conditions de travail sont réputées "exigeantes". 

En Allemagne, Amazon affronte régulièrement le syndicat Verdi, puissant dans la branche des services. Cette organisation appelle très régulièrement les salariés à la grève dans les centres logistiques implantés outre-Rhin, par le géant de l'e-commerce, notamment au moment de la période de Noël, période de pointe traditionnelle.

En France, les actions syndicales ont aussi régulièrement lieu chez Amazon. Une journée d’action et de mobilisation avait été organisée, le 26 mai 2015, dans les entrepôts logistiques du géant de la vente sur internet. Les revendications portaient notamment sur des augmentations de salaires. Deux syndicats (CGT et FO) avaient appelé en novembre 2015, au débrayage des salariés de l'entrepôt de Saran, près d'Orléans, protestant contre l'organisation mise en place par l'entreprise pour gérer l'afflux de commandes de fin d'année.

F.Bergé