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Les navires robots sans marins vogueront-ils bientôt sur les océans?

Le navire sans pilote est dans les cartons de l'industrie du secteur maritime. En Norvège, deux sociétés testent un porte-conteneur à propulsion électrique. Rolls-Royce a un projet de bateau "autonome" pour la surveillance en mer.

Alors que les projets de voiture sans conducteur au volant se multiplient, voici venue l'ère des navires robots, sans capitaine à la barre. Pour l'instant, il s'agit de prototypes en gestation. Mais certains projets affichent des échéances proches pour la mise à l'eau de ces futurs bateaux "autonomes".

Deux entreprises norvégiennes, le groupe Kongsberg, société de technologie et Yara, industriel des engrais, se sont associées en mai 2017 pour concevoir un navire de transport de marchandises sans pilote. Leur objectif est de tester un prototype sur l'eau en situation réelle, début 2019 pour qu'il soit en mesure de réaliser des trajets commerciaux en mode totalement autonome en 2020.

À propulsion 100% électrique, ce porte-conteneurs fera la navette entre Porsgrunn, au sud d'Oslo, où se trouve l'usine d'engrais de Yara, pour acheminer sa cargaison vers les ports de Brevik et de Larvik d'où ces marchandises sont exportées.

Ce navire effectuera des navettes en continu (24H/24) entre son point de chargement et ses ports de destination. Il naviguera en mode autonome grâce à des technologies de capteurs et de pilotage informatique à distance, développées par le groupe Konsberg.

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- © Un premier prototype sous forme d'une maquette de 6 mètres de long et de 2,4 tonnes a débuté, fin septembre 2017, ses premiers tests dans un bassin d'essai de 80 mètres en Norvège. Konsberg.

Bien avancé, le projet a déjà abouti à la réalisation d'une première maquette. Ce prototype de 6 mètres de long et de 2,4 tonnes, qui préfigure le futur bateau, a débuté fin septembre 2017 ses premiers tests dans un bassin d'essai de 80 mètres.

Coûteux, ce projet a reçu le soutien financier d'une agence gouvernementale norvégienne, pour un montant de 133 millions de couronnes (13 millions d'euros), en raison de ses visées écologiques. Ces transports par mer se substitueront en effet aux 40.000 rotations par an effectuées par des camions roulant au gasoil, entre l'usine d'engrais et les deux ports norvégiens. 

Rolls-Royce a dévoilé un patrouilleur maritime "robot" 

Déjà connu pour son livre blanc de 2016 sur l'avenir des navires intelligents (intitulé "Les navires autonomes commandés à distance, les prochaines étapes") Rolls-Royce, qui fabrique des moteurs de bateaux, a dévoilé un projet de navire "autonome" capable de naviguer sur 3500 milles nautiques (6500 kilomètres). Ce navire de 60 m de long, à propulsion électrique, a été conçu pour des missions bien précises comme la patrouille et la surveillance maritime ou la détection des mines sous-marines. Il déplacera 700 tonnes et atteindra des vitesses supérieures à 25 nœuds.

Pour l'industriel britannique, par la voix de Benjamin Thorp, son directeur général de l'activité d'automatisation et de contrôle naval, "ces navires offrent un moyen d'accroître la capacité opérationnelle, de réduire les risques pour l'équipage et de réduire les coûts d'exploitation et de construction".

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- © Le consortium britannique Automated Ships Ltd s'intéresse aux marchés de l'assistance technique pour l'offshore pétrolier, l'éolien offshore ou les fermes d'aquaculture en haute mer.

L'absence d'équipage à bord, si elle réduit le coût de main d'oeuvre, oblige à concevoir des systèmes de propulsion maritime fiables et redondants, associés à des outils de pilotage à distance de l'énergie, de la surveillance des équipements tout en faisant de la maintenance prédictive.

Dans son livre blanc de 2016, Rolls-Royce, prédisait que "les navires seront reliés en permanence, par voie radio ou satellitaire, avec des salles de contrôle, dans lesquelles des pilotes superviseront le bon déroulement de la route maritime suivie par le cargo".

Le groupe Bourbon rejoint un projet de navire automatique

Cette révolution du navire sans pilote est aussi suivie de près par le groupe français Bourbon. Ce géant mondial des services maritimes offshore s'est joint durant l'été 2017 au projet de navire automatisé Hrönn, engagé par le britannique Automated Ships en novembre 2016.

Ce consortium, qui réunit aussi la société norvégienne Konsberg, étudie la construction d'un navire entièrement automatique destiné aux marchés de l'assistance technique à la prospection pétrolière, à l'éolien offshore ou aux fermes d'aquaculture en haute mer. Aucun calendrier n'est pour l'instant dévoilé mais il est déjà prévu qu'un prototype sera testé en Norvège dans un fjord servant de bassin naturel d'essai, sans risque pour la sécurité de la navigation maritime.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco