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Les licornes menacées d'une brutale extinction?

Les start-up AirBnB, Spotify, Uber ou encore Blablacar sont-elles sur-évaluées?

Les start-up AirBnB, Spotify, Uber ou encore Blablacar sont-elles sur-évaluées? - blockpartyprints (Montage BFM Business)

Après deux ans d'euphorie marquées par de colossales levées de fonds, l'heure du retour sur terre a peut-être sonné pour les entreprises de la tech. Et les licornes, ces start-up qui valent plus d'un milliard de dollars, inquiètent particulièrement. Explications.

"Salariés de Palantir: vos actions ne valent rien". Depuis quelques jours voilà l'affiche qui fait grincer des dents dans la Silicon Valley. Un petit tract punaisé sur des lampadaires dans une rue de Palo Alto pas loin du siège de la société en question. Palantir c'est quoi? Ni plus ni moins que l'une des start-up les plus valorisées de la planète, une licorne comme on dit dans le jargon. Cette très discrète société spécialisée dans la collecte de données et le big data et qui aurait aidé la CIA à traquer Ben Laden vaudrait aujourd'hui la bagatelle de 20 milliards de dollars. Ou beaucoup moins si l'on en croit l'auteur de ce tract resté anonyme qui encourage les salariés à se mobiliser.

Et il n'est pas le seul dans la Silicon Valley à trouver que ces start-up sont aujourd'hui sur-valorisées. Les licornes (des sociétés non-cotées qui valent plus de 1 milliard de dollars) seraient-elles aussi légendaires que l'animal qui les symbolise? Bill Gates n'est en tout cas pas loin de le penser. Dans une interview au Financial Times (article payant), le fondateur de Microsoft a peut-être sonné la fin de la récré. 

"On ne devrait jamais fermer les yeux en disant: "Oh c'est une société technologique, je vais jeter de l'argent sur elle." Or, ça a été la stratégie des investisseurs ces deux dernières années. Mais maintenant, il faut ouvrir les yeux et regarder réellement les sociétés."

Selon le site CBInsight qui les recense, les licornes seraient aujourd'hui au nombre de 153 dans le monde et cumuleraient ensemble 535 milliards de dollars de valorisation, soit l'équivalent de 20% du PIB français. Pourquoi un tel engouement de la part des investisseurs? Tout simplement parce que tous craignent de rater le futur Google ou Facebook. Résultat: l'argent se déverse à flots continus dans la tech et la moindre application iPhone un peu connue vaut son milliard de dollars.

Des sommes colossales pour des compagnies qui n’ont pour la plupart pas encore fait la preuve d’un modèle économique viable. On pense évidemment à Uber ou encore Spotify qui n’ont encore bouclé aucun exercice dans le vert depuis leur création. Ou encore à Magic Leap, une start-up à l'origine d'une mystérieuse technologie de réalité augmentée et qui a levé 1,3 milliard de dollars depuis un an sur la fois de deux vidéos postées sur YouTube...

Tesla, Linkedin et Twitter dérouillent en Bourse

Des sociétés survalorisées qui ne gagnent pas beaucoup d’argent, cela ne vous rappelle rien? La bulle internet du début des années 2000 qui a fini par exploser. Dans l'euphorie de 2015, les Cassandre n'étaient guère audibles, mais depuis quelques semaines, le spectre d'une nouvelle crise des "dotcom" plane sur la tech. Les sociétés cotées dérouillent depuis quelques semaines. Tesla (-40%), LinkedIn (-60%), Netflix (-18%) et surtout Twitter (-70%) décrochent violemment.

Cette fièvre correctrice pourrait-elle toucher les fameuses licornes. Autrement dit, le robinet va-t-il se tarir pour des start-up qui ne vivent que de levées de fonds? Selon Mark Rogowsky, spécialistes des technologies chez Forbes, les gros comme Uber et AirBnB n'ont pas trop de soucis à se faire. "Ces sociétés sont énormes et finiront par entrer en bourse ou se faire racheter", anticipe-t-il. Les autres auront peut-être intérêt à avoir les reins solides. Car c'est l'heure du "great reset" soit la remise à zéro, selon Rich Wong, un des patrons du fonds Accel Partners bien connu dans la Silicon Valley. Les licornes d’aujourd’hui seront-elles les chimères de demain ?

Frédéric Bianchi