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Les data-centers vont-ils fuir la France?

Les hébergeurs de données français menacent de quitter la France, et d'entraîner avec eux tout l'écosystème de start-ups du numérique.

Les hébergeurs de données français menacent de quitter la France, et d'entraîner avec eux tout l'écosystème de start-ups du numérique. - Andrew.T@NN - Flickr - CC

Une des mesures contenues dans le projet de loi sur le renseignement inquiète très sérieusement les industriels du stockage de données. Ils menacent de quitter la France si le texte est adopté.

Le projet de loi sur le renseignement arrive à l'Assemblée nationale ce lundi. Une des mesures contenues dans le texte inquiète très sérieusement les grands opérateurs du secteur numérique. En particulier les industriels des data center, ceux qui stockent les données numériques. Ils menacent de délocaliser leur activité à cause d'une disposition qui les oblige à installer des systèmes d'écoute au cœur de leurs systèmes. Les plus grands opérateurs français ont écrit au Premier ministre pour l'alerter.

Cette activité commence pourtant à peser lourd en France, et elle devait prendre encore plus d'ampleur. Des centaines de millions d'euros d'investissement sont prévus dans les mois qui viennent pour stocker toute notre activité numérique. Mais les acteurs français du secteur se demandent si c'est bien en France qu'ils vont se renforcer.

Des "boîtes noires aux contours flous"

Pourquoi? Parce que la loi sur le renseignement va imposer des "traqueurs", des boîtes de contrôle au coeur de leurs infrastructures sur le territoire français. Des "boîtes noires aux contours flous", mais qui auront le droit de tout écouter, dans le cadre de la recherche d'une activité terroriste, expliquent les cinq hébergeurs de données informatiques français dans leur communiqué commun. Parmi les signataires, les deux poids lourds du secteur, OVH et Gandi.

Pour ces hébergeurs français, le projet de loi sur le renseignement les poussera "à l'exil" pour ne pas perdre leurs clients. Clients internationaux qui, autrement, vont franchir les frontières, s'adresser à leurs concurrents et aller stocker leurs données en Allemagne, au Luxembourg ou en Grande Bretagne où de telles législations n'existent pas. Personne n'a envie que l'Etat français ait accès à ses secrets économiques. Pas plus que les Etats-Unis, d'ailleurs, qui ont vu partir beaucoup de données après la mise en place d'une législation semblable.

Des "milliers d'emplois créés ailleurs"

Si le projet de loi est adopté en l'état, "nous devrons déménager nos infrastructures, nos investissements et nos salariés là où nos clients voudront travailler avec nous", menacent-ils avant d'énumérer une douzaine de villes où ils "supprimeront des emplois au lieu d'en créer". "Ce sont des milliers d'emplois que les startups et les grandes entreprises iront aussi créer ailleurs", ajoutent-ils.

Les hébergeurs affirment en outre que ce dispositif, trop vaste, sera inefficace. Il "n'atteindra pas son objectif, mettra potentiellement chaque Français sous surveillance, et détruira ainsi un pan majeur de l'activité économique de notre pays", en poussant leurs clients à se tourner vers d'autres territoires, moins intrusifs. Une mesure bien plus inquiétante pour les entreprises multinationales que pour les groupes terroristes​. 

Laurent Mimouni avec AFP