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 Le français Deezer passe sous pavillon étranger

L'Autorité de la concurrence a autorisé le rachat du site français de streaming musical par Access Industries, le fonds russo-américain, déjà propriétaire de Warner Music.

Actionnaire majoritaire de Deezer depuis la levée de fonds de janvier 2016, le fonds The Access Industries en prend officiellement le contrôle. Le feu vert du rachat par ce fonds étranger du principal site hexagonal de vente en ligne de musique, est venu de l'Autorité de la concurrence. Celle-ci avait été sollicitée car le nouveau propriétaire russo-américain du site français contrôle également le géant de l'édition musicale, Warner Music.

Certains opérateurs concurrents interrogés au cours de l’instruction du dossier "ont fait valoir leur crainte que l’opération permette à Warner Music de mettre en œuvre des pratiques discriminatoires au bénéfice de Deezer consistant notamment en l’octroi à ce dernier de licences exclusives sur certains titres ou artistes" a révélé l'Autorité dans sa décision.

Mais le risque concurrentiel lié à cette intégration verticale entre un éditeur et un site de vente de musique a été vite écarté. Le gendarme de la concurrence a tenu compte de la faible part de marché en valeur de Deezer.

Deezer a moins de 5% du marché européen du streaming et du téléchargement

Sur le marché européen de la vente au détail de musique enregistrée numérique (incluant le téléchargement et le streaming), la part de Deezer s’élève à moins de 5%. Celles de ses deux principaux concurrents sont entre 40 et 50% à la fois pour iTunes et pour Spotify. En France, Deezer voit toutefois sa part de marché grimper, sur le seul segment du streaming, entre 40 et 50%.

Par ailleurs, Warner Music étant la plus petite des majors, "elle dispose d’un pouvoir de marché limité à l’égard des principales plateformes de streaming, limitant d’autant le risque de discrimination de la part de Warner Music au bénéfice de Deezer" a estimé l'Autorité.

Dans le cadre de l'élargissement de ses horizons, Deezer est parti s'implanter aux États-Unis durant l'été 2016 alors que le site peine à mettre en place un modèle économique rentable. Invité de BFM Business, fin juillet 2016, Alexis de Gemini, son directeur général, expliquait: "On perd de l’argent car on investit à l’international et qu’on est contraint d’aller concurrencer Apple et Spotify dans le monde entier. En France, Deezer gagne de l’argent, et a une position de leader avec près de 50% de parts de marché. Mais pour être un acteur mondial du streaming, il faut investir (…) et cela génère des pertes, encore aujourd’hui".

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco