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Le dialogue au cœur de la renaissance digitale

Avant de devenir General Partner chez Partech, Omri Benayoun a occupé des postes de direction dans des entreprises traditionnelles mais aussi chez des pure players du digital. Ce qui en fait l'un des experts les plus reconnus dans le domaine

Avant de devenir General Partner chez Partech, Omri Benayoun a occupé des postes de direction dans des entreprises traditionnelles mais aussi chez des pure players du digital. Ce qui en fait l'un des experts les plus reconnus dans le domaine - Partech

Le dialogue est au coeur de la thématique du 01 Business Forum 2016.  Pour accompagner sa renaissance digitale, le PDG doit profiter de ces nouvelles possibilités de dialogue avec et entre ses clients, mais aussi avec ses employés, et son écosystème au sens large. C'est ce que nous explique ici Omri Benayoun, General Partner chez Partech.

Omri Benayou, vous êtes membre du Comité éditorial du 01 Business Forum pour la 2e année, qu’est-ce que cette nouvelle édition va apporter de différent ?

L'impression que l'on retire de ces douze derniers mois est que l'évolution des technologies digitales et des nouveaux modèles de business qu’elles permettent est de plus en plus rapide. Le digital aide par exemple davantage les entreprises à créer de nouveaux canaux de dialogues, révolutionnant ainsi les canaux existants.

Prenons l'exemple des avis clients. On se rend bien compte qu'un acteur comme Amazon a bouleversé le dialogue entre un distributeur ou une marque et ses clients. TripAdvisor ou Booking ont de leur côté fait bouger les lignes du dialogue entre l'hôtelier et ses clients. 

Ce qui change aussi aujourd'hui est que les clients discutent entre eux. Souvent d'ailleurs à l’initiative de l’entreprise qui y voit soit un moyen de réduire ses coûts (exemple avec les forums ou chat d’entraide sur l’utilisation d’un produit), soit une façon d’innover ou de créer une relation émotionnelle par l’appartenance à une communauté. C’est bien en cela que le thème du 01 Business Forum 2016: comment, pour le CEO, profiter de ces nouvelles possibilités de dialogue avec et entre ses clients, mais aussi ses employés, et écosystème au sens large, s'inscrit bien dans la tendance actuelle. J'ajouterai également à l'idée de dialogue, qu'il faut s’assurer que les sujets de confidentialité et de sécurité soient bien pris en compte.

Vous êtes passé par plusieurs grands groupes de la distribution physique et digitale avant de devenir Partner chez Partech Ventures, qu’avez-vous appris de ces deux mondes, le physique et le numérique ?

Il y a deux différences fondamentales: dans le monde digital vous pouvez tester une idée, un produit, un concept très rapidement et à coût 0; et revenir en arrière rapidement en cas d’échec. Vous pouvez aussi tout mesurer précisément car la collecte de données est consubstantielle au modèle. Dans le monde physique toute idée demande des investissements, et tout test doit être mûrement réfléchi avant d’être mis en œuvre.

Par ailleurs les données recueillies sont beaucoup plus pauvres. Prenez l’exemple d’une newsletter vis à vis d'un catalogue. La première peut être personnalisée dans son contenu, son accroche ou son heure d’envoi – et testée sur un échantillon de clients avant d’être généralisée ou modifiée. Pour un catalogue, vous réfléchissez plus longtemps car une fois imprimé en centaines de milliers d’exemplaires vous ne pouvez plus revenir en arrière. Pareil pour le prix d’un produit qui dans un cas peut changer des dizaines de fois par jour s’il le faut – cela n’est pas encore le cas en magasin. Cela étant dit il y a bien évidemment des fondamentaux communs comme la primauté de l’offre produit: assortiment, prix, promotion.

Chez Partech Ventures vous aidez des pure players à grandir et rencontrer de nouveaux publics, comme Qapa et Giroptic que nous avons pu découvrir lors de la première édition du 01 Business Forum. Comment analysez vous la croissance de ces entreprises en 2015 ?

Nous avons le privilège, chez Partech Ventures et chez nos collègues du capital-risque de nouer des partenariats avec des fondateurs et fondatrices d’entreprise ambitieux, qui dirigent des entreprises en très forte croissance. Ils les font croître de plusieurs dizaines de % par an, et bien souvent par mois.

L’entreprise dans laquelle vous investissez n’est plus qu’une toute petite partie de celle que vous accompagnez deux ans après ! C’est notre challenge collectif: adopter les stratégies et choisir les marchés qui permettent ce type de croissance, sur la base de produits ou de services qui bouleversent les manières de faire.

C’est le cas de Giroptic qui révolutionne tout simplement la vidéo en permettant une vision à 360° - vous avez enfin deux yeux dans le dos ! Quant à Qapa, nous savons tous que le marché du travail et de la recherche d’emploi est cassé, et il s’agit là de rien que moins que de réparer ce lien pour que l’offre et la demande d’emploi se marient mieux et plus vite. C’est tout le talent de nos CEOs de conjuguer vision stratégique, vision technologique et exécution sans faille, pour rendre l’hyper-croissance durable.

Quel conseil donneriez-vous aux dirigeants qui voudraient mener cette renaissance digitale dans leur entreprise ?

Réalisez des acquisitions dans le numérique et faîtes attention à ne pas les tuer, après intégration, dans votre organisation traditionnelle ! L’innovation de rupture est très difficile à faire naître et croître en interne: les talents ne sont souvent pas les bons et les process de l’entreprise privilégient légitimement les cash-flows du présent à la promesse des cash-flow futurs.

Donc acquérez des start-ups, protégez les en interne et donnez-leur une bonne part d'autonomie, faîtes les grandir, et incitez les autres business units à s’inspirer des bonnes pratiques. Faîtes enfin progressivement circuler les talents.