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Le champion français du repérage de satellites dans le giron de GE

Spécialisée dans le suivi et repérage de satellites en orbite, cette filiale était rattachée au pôle Energie de l'industriel français,

Spécialisée dans le suivi et repérage de satellites en orbite, cette filiale était rattachée au pôle Energie de l'industriel français, - Alstom-GE

Discrète filiale d'Alstom et fournisseur de l'armée française, Satellite Tracking Systems vient de passer sous pavillon américain dans le cadre de la cession des activités du groupe dans l'énergie officialisée lundi 2 novembre.

Qui connaît Satellite Tracking Systems, une filiale très stratégique mais assez discrète d'Alstom? Spécialisée dans le suivi et repérage de satellites, cette filiale, qui emploie environ 540 personnes, est rattachée au pôle Energie que l'industriel français a cédé à General Electric. 

Son site Internet arbore désormais les couleurs et le logo de son nouveau propriétaire américain. L'accord validant la cession d'une partie des activités du groupe français au géant américain ayant été officialisé ce lundi 2 novembre.

Basée à Grenoble et héritière du savoir-faire de la société Neyrpic (qu'Alstom a complètement rachetée en 1967), elle a développé des algorithmes lui permettant de suivre et de contrôler la trajectoire des satellites mis sur orbite.

Dans le domaine militaire, sa technologie permettrait de vérifier qu'un satellite en orbite exécute correctement les ordres et instructions qui lui sont adressés par les forces armées depuis la terre. 

La filiale d'Alstom "fournissait notamment le Centre militaire d'observation par satellite, installé sur la base de Creil, près de Paris, et qui travaille notamment au profit de la Direction du renseignement militaire (DRM)" expliquait un rapport du centre français de recherche sur le renseignement, en décembre 2014, qui s'inquiétait d'une telle cession.

Un fournisseur de l'industrie française du satellite

Satellite Tracking Systems fournit aussi des industriels français spécialisés dans les satellites (Astrium, Thalès Alenia Space,...) et des opérateurs de satellites (Eutelsat, Orange). Cette société compte 900 systèmes installés au sol dans plus de 70 pays.

"Le rachat par GE n’a pas pour but d’acquérir une technologie dont les Américains ne disposeraient pas, mais au contraire d’en priver un allié souvent rétif, dérangeant, et surtout un concurrent réel" expliquaient les auteurs du rapport "Racket américain et démission d'Etat, les dessous du rachat d'Alstom par General Electric".

Cette cession suit de quelques semaines, celle des câbles sous-marins de télécommunications d'Alcatel-Lucent. Cette activité sera finalement vendue à Nokia, comme le reste des activités de l'industriel franco-américain, alors qu'il fut un temps envisagé qu'elle soit séparée du périmètre cédé.

En deux cessions de ses fleurons à des industriels étrangers, la France aura donc perdu une parcelle de sa souveraineté technologique dans les télécommunications, du fond des océans jusqu'aux orbites spatiales.

Quand on connaît l'importance des liaisons satellitaires et sous-marines pour l'économie mondiale (sans parler de l'enjeu lié à l'accès aux données qui transitent par ces artères de communication vitales), on peut s'interroger sur l'absence de réactions officielles à cette vente, passée (presque) inaperçue.

Frédéric Bergé