BFM Business

L'implacable technique d'Amazon pour vous faire payer plus cher

-

- - -

Selon une enquête du site ProPublica, l'algorithme d'Amazon aurait tendance à mettre dans le panier de ses clients des produits dont le prix est plus élevé que ceux d'autres vendeurs pourtant référencés sur son site.

Les passages en caisse sont-ils douloureux chez Amazon? Si le site de e-commerce est connu pour pratiquer des prix parmi les plus bas du web, il ferait aussi preuve de filouterie pour faire gonfler discrètement la note. C'est le résultat d'une enquête menée par le site ProPublica. Selon lui, l'algorithme du site aurait la fâcheuse habitude de privilégier le site au détriment des clients.

De quelle façon? L'enquête a porté sur 250 produits fréquemment achetés sur le site et durant plusieurs semaines. Premier constat: Amazon privilégie ses propres produits à ceux des vendeurs tiers (Amazon vend ses propres aussi mais aussi ceux de vendeurs indépendants sur sa place de marché). Dans les trois-quarts des cas, ce sont des produits vendus directement par Amazon qui sont placés dans le panier d'achat.

Une sélection de produits 20% plus chère

Car lorsque vous faites une recherche sur Amazon, derrière chaque fiche produits se cachent quantité de vendeurs qui le proposent tous à la vente. Comment est choisi celui qui va apparaître sur l'écran de l'acheteur? Celui qu'Amazon va placer dans la "buy box"? C'est là que l'algorithme intervient. Il choisit en fonction de plusieurs critères: le prix, le stock, la localisation du vendeur ainsi que sa notation par les clients. Et là, les vendeurs tiers sont en concurrence entre eux et avec Amazon lui-même. 

Dans les faits, c’est Amazon qui est privilégié, car il considère qu’il offre le meilleur niveau de services. Pour qu’un vendeur tiers batte Amazon il doit être très bien noté par les clients et proposer des prix plus agressifs. Ce qui n’est pas une mince affaire car Amazon peut décider toutes les quinze minutes de faire évoluer ses prix.

Mais il arrive parfois que des vendeurs tiers soient moins chers. Ils ne sont pas privilégiés pour autant. ProPublica s'est ainsi rendu compte que sur les 250 produits achetés, il aurait payé 20% de moins en sélectionnant manuellement à chaque fois le moins cher, soit une économie totale de 1.400 dollars!

Car outre le fait de privilégier ses produits même lorsqu'ils ne sont pas les moins chers, l'algorithme d'Amazon aurait tendance à ne pas tenir compte du coût de la livraison lorsqu'il fait son tri par prix. Car sur Amazon, le client peut rechercher les produits par popularité (nombre d'achats), notes ou par prix. Dans ce dernier cas de figure, le vendeur peut voir les produits du moins cher au plus cher. Problème: ce classement ne tient pas compte des frais de livraison. Ce qui peut grandement changer l'ordre du tri.

ProPublica prend ainsi l'exemple de la colle SuperGlue de Loctite que l'auteur de l'enquête a voulu acheter sur Amazon. Le site a proposé en priorité le produit vendu par Amazon à 7,80 dollars. D'autres vendeurs aux Etats-Unis le proposaient à 6,75 dollars et 7,27 dollars mais comme expliqué Amazon tient compte d'autres critères que le prix comme la qualité de service, le temps de livraison etc. Mais à 7,80 euros, Amazon n'est pas si distancé que ça. Sauf qu'au moment de l'achat, le journaliste s'est rendu compte qu'Amazon facturait 6,51 dollars de livraison contre 0 dollar pour les autres. Or à 14,31 dollars (livraison incluse), Amazon n'est plus du tout compétitif.

Quand les vendeurs paient pour accroître leur chance 

Le tri par prix est sans doute pertinent pour les clients Premium qui ne paient pas la livraison ou pour ceux qui ont un panier de plus de 49 dollars (livraison offerte), mais pas pour les clients qui ne sont dans aucun de ces cas de figure. Mais Amazon se défend: "Entre le service Premium et la livraison offerte pour 49 dollars d'achats, l'immense majorité des produits vendus (9 sur 10) le sont avec la livraison offerte. Pour 90% des produits commandés, le tri par prix est donc le bon." 

Si Amazon privilégie ses propres produits, le site permet néanmoins aux vendeurs tiers d'accroître leurs chances d'apparaître dans la "buy box". Pour cela, il faut payer. C'est le programme appelé "Fullfilled by amazon" ou "Expédié par Amazon" en français. Concrètement le vendeur choisit de confier ses propres produits à Amazon pour la livraison. Le site prend alors sa commission de 10 à 20%, selon les catégories de produits. Si le vendeur gagne un peu moins, il a plus de chance de réaliser la vente. Sur les 250 produits achetés par ProPublica, 94% venaient de vendeurs affiliés à ce programme ou d'Amazon en direct. Et ils n'étaient jamais les plus abordables...

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco