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Guerre spatiale : « la France n’a pas les moyens de s’aligner »

Athena-Fidus est un satellite civilo-militaire développé par la France et l’Italie

Athena-Fidus est un satellite civilo-militaire développé par la France et l’Italie - -

Le président de la République a annoncé la création d'un commandement militaire de l'espace. L’enjeu est d’entrer pleinement dans la « guerre de l’espace », un jeu d’influence dominée par la Chine, la Russie ou encore les Etats-Unis.

Une doctrine « active ». Voilà comment le président de la République Emmanuel Macron a présenté le nouveau commandement militaire de l'espace, le weekend dernier. Paris veut désormais être capable de se défendre et surtout d’attaquer en orbite, pour tenter de rivaliser avec les grandes nations déjà présentes sur ce terrain.

En janvier, deux députés, Olivier Becht (AGIR) et Stéphane Trompille (LREM), avaient transmis un rapport parlementaire sur la défense spatiale de la France. Et ils se voulaient offensifs : « La guerre des étoiles reste de la science-fiction, la guerre dans les étoiles a déjà commencé » assuraient-ils lors de la présentation de leur texte en Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, le 15 janvier dernier. « La France doit être en capacité de la mener de manière défensive mais aussi offensive pour sa crédibilité et pour sa souveraineté. » 

En clair, la France doit désormais se doter d’armes spatiales défensives et offensives, estimaient les deux députés. « Nous présentons deux principales recommandations (…) Que la défense spatiale soit érigée en mission des armées à part entière et pas seulement en volet un peu annexe de la défense aérienne et d’autre part que la France ne soit pas la dernière puissance spatiale à se doter de moyens d’actions dans l’espace ». Les deux hommes ont été visiblement satisfaits de l’annonce présidentielle.

La question de la défense spatiale est toujours épineuse, en raison du flou autour des véritables capacités des acteurs mondiaux. « On sait combien de satellites sont envoyés et quelles sont leurs missions globales » explique Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'IRIS et spécialiste des questions de défense. Certains engins servent à la reconnaissance et sont désormais accessibles à la plupart des pays comme le GPS. D’autres, appelés offensifs, sont plus secrets. Ils peuvent s’attaquer à d’autres satellites, en les « écoutant » ou même en les détruisant électroniquement grâce à des lasers. Et dans un monde où la télécommunication est omniprésente, la destruction de satellites civils pourrait plonger un pays dans le chaos…

Russes, Américains ou Chinois planchent ainsi sur des projets, plus ou moins réalistes, pour s’imposer en orbite. « Tout le monde travaille dessus, mais il n’y pas encore eu de véritables avancées majeures » estime Jean-Vincent Brisset. Des lasers capables de détruire des cibles terrestres ? Des satellites qui détectent des sous-marins nucléaires ? Les projets ne semblent pas manquer mais leur application réelle est aussi complexe que coûteuse.

« La France a du retard dans les volumes mais elle n’a, de toute façon, pas les moyens de s’aligner » estime l’expert. De leur côté, Olivier Becht et Stéphane Trompille chiffrent cet effort entre 2 et 3 milliards d’euros pour renouveler le système de surveillance et lancer le développement des armes offensives.

Concrètement, c’est la ministre des Armées, Florence Parly, qui présentera les prochaines orientations stratégiques.

Thomas LEROY