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Fibre en entreprise: Orange répond sèchement aux accusations du régulateur

20 millions de locaux sont éligibles à la fibre en France.

20 millions de locaux sont éligibles à la fibre en France. - Pixabay

Accusé de ne pas laisser s'exercer pleinement la concurrence sur ce marché stratégique, l'opérateur historique défend sa stratégie.

Le torchon brûle à nouveau entre Orange et l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms. Cette dernière a en effet encore épinglé la domination écrasante de l'opérateur sur le marché de la fibre pour les entreprises.

Orange "doit faire de la place aux concurrents", a estimé Sébastien Soriano, son président dans un entretien aux Echos. Et de se dire "extrêmement préoccupée par le poids très fort d'Orange". "Tous les signaux laissent penser qu'Orange construit son avenir sur une hypothèse de domination. Ce n'est pas acceptable", a-t-il ajouté. 

Orange détient 63% du marché des TPE de moins de 50 salariés, 62% de celui des PME de moins de 500 salariés et 55% de celui des entreprises de taille intermédiaire, avance le régulateur, et ce malgré une première série de mesures contraignantes en 2017/2018.

"Termes inacceptables"

Dans une tribune, Orange rejette sèchement ces accusations. Dans ce texte, la directrice générale d'Orange France, Fabienne Dulac, et le secrétaire général de l'opérateur, Nicolas Guérin, déplorent des "termes inacceptables", et ont notamment estimé que les chiffres cités "donnent une image déformée", tout en "assumant parfaitement d'être leader sur le marché entreprises et entendre le rester". Ils appellent aussi l'Arcep à être "juste et impartial".

L'opérateur souligne ainsi que "la fibre mutualisée [celle dédiée aux particuliers mais adaptée aux entreprises selon la volonté de l'Arcep, NDLR] a été ouverte partout où elle est disponible, conformément à nos obligations réglementaires".

Mais dans les fais, la concurrence se plaint de ne pouvoir accéder correctement à cette fibre, accusant donc Orange de fausser le marché. "Nous estimons simplement qu’Orange empêche à la concurrence de s’exercer sur le marché entreprise et multiplie les actions pour freiner la pénétration commerciale de ses concurrents", estime ainsi David Marciano, président de l’association AOTA qui regroupe plusieurs dizaines d'opérateurs télécoms alternatifs.

"Orange n'a strictement rien à se reprocher dans l'échec de Kosc"

L'Arcep reproche également à Orange d'avoir mis des bâtons dans les roues à Kosc, ce troisième acteur de gros poussé par le régulateur et censé animer le marché B2B mais qui a frôlé la faillite avant d'être placé en redressement judiciaire et racheté par Altitude Télécom.

"Contrairement à ce que l'Arcep laisse entendre, Orange n'a strictement rien à se reprocher dans l'échec de Kosc", insistent les deux dirigeants.

Est-ce ce manque de concurrence qui plombe le taux de PME fibrées en France? La réalité des chiffres semblent aller dans ce sens. Seulement 23% des entreprises de 1 à 249 salariés sont équipées d'une connexion à la fibre optique (20% pour les TPE), selon une enquête menée en mai 2019 par l’Ifop pour Covage. 

L'Arcep entend désormais durcir (une nouvelle fois) sa régulation pour 2021-2023, en imposant à Orange de "beaucoup mieux ouvrir sa fibre mutualisée à d'autres acteurs". Reste à savoir si cet énième tour de vis sera efficace.

Olivier Chicheportiche avec AFP