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Face au déclin du courrier, La Poste pourra-t-elle continuer la distribution quotidienne?

Alors que les services postaux du monde entier diversifient leurs activités pour répondre à la chute des volumes courriers, certains n'hésitent pas à remettre en cause la fréquence des tournées des facteurs.

Confrontée au déclin du secteur courrier, Bpost, la poste belge, envisage de supprimer la tournée quotidienne systématique des postiers. "Le client nous dit que le courrier papier n’est plus un moyen prioritaire pour une communication urgente. Le client peut vivre avec un courrier qui arrive non pas le lendemain mais deux ou trois jours plus tard", a déclaré au journal Le Soir le PDG de l’entreprise, Koen Van Geven.

Face à la chute de l’activité courrier, Bpost n’a donc d’autre choix que de faire évoluer son service, assure la direction. Et ses homologues européens n’échappent pas à la règle. En France, La Poste a elle aussi entamé sa transformation. Grâce à la bonne performance du colis et la bonne tenue de son activité banque, elle est parvenue à compenser la baisse des volumes courriers (-6,8%) l’an passé, contrairement à Bpost. Ainsi, le chiffre d'affaires du groupe a augmenté de 3,5% à 24,110 milliards d'euros.

La situation de l’entreprise reste néanmoins fragile. La Cour des comptes, bien qu'elle a salué sa volonté d’évoluer, a incité La Poste à accélérer sa transformation pour continuer de résister au déclin du courrier. "Entre 2009 et 2014, le nombre annuel de plis distribués est passé de 15,9 à 12,9 milliards (-22%) et cette baisse pourrait encore s'accélérer à l'avenir. Elle ampute le chiffre d'affaires de la Poste d'environ 500 millions d'euros chaque année, montant comparable à la marge de l'activité courrier", indiquaient les Sages de la rue Cambon en 2016.

Quel avenir pour le service courrier?

Dans ces conditions, La Poste sera-t-elle contrainte à l’avenir d’en finir avec les tournées quotidiennes des facteurs? En réalité, ce scénario semble peu crédible, du moins à moyen terme. D’abord parce qu’une directive européenne impose la distribution du courrier dans les Etats membres de l’UE au moins une fois par jour, cinq jours sur sept. Et quand bien même La Poste aurait la possibilité de réduire drastiquement le rythme des tournées, elle risquerait de s’exposer à la concurrence d’opérateurs privés qui pourraient offrir des prestations de substitution.

Surtout, le groupe français a déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas remettre en cause la fréquence de distribution qu’il a fixée pour sa part à six jours sur sept (du lundi au samedi compris) en accord avec les syndicats. En effet, la direction ne prévoit pas d’enrayer le déclin du courrier traditionnel qui ne devrait plus représenter que 45% des revenus de la branche Services-Courrier-Colis dans deux ans (et 20% du chiffre d'affaires du groupe), préférant la compenser avec le développement de nouveaux produits.

L’entreprise entend notamment renforcer la distribution d'imprimés et surfer sur la livraison de paquets (Colissimo essentiellement) et de multiplier les services.

S'agissant des facteurs, leur nombre diminue avec un taux de remplacement de 75% et l'évolution de la profession va se poursuivre: "Les facteurs vont continuer à livrer du courrier. Le mix de la tournée change", indiquait en avril Philippe Dorge, directeur général de la branche Services-Courrier-Colis. Ils vont être appelés à distribuer davantage de paquets et à multiplier les services aux particuliers: livrer des repas, des médicaments, s'assurer que tout va bien... Chaque facteur délivre actuellement un de ces services une à deux fois par semaine. Une fréquence qui devrait passer à une à deux fois par jour en 2020, selon le responsable.

des services postaux qui se transforment partout dans le monde

Si la France semble pour l’heure échapper à la réduction des tournées des facteurs, la CFDT, dénonce dans une lettre d’information "un groupe de pression constitué d’une grande majorité de postes européennes" qui souhaiterait s’attaquer à la directive européenne imposant une distribution cinq jours sur sept. Selon le syndicat, l’Italie "ne distribue déjà plus sa zone rurale que 2 ou 3 jours par semaine". Il rappelle par ailleurs que la Belgique a déjà tenté d'adapter par le passé le nombre de jours de distribution en fonction de "circonstances géographiques exceptionnelles", avant qu'un vote ne rejette la proposition.

Le déclin du courrier n’épargnant aucun pays, de nombreux services postaux tentent de se réformer. Hors Europe, la société parapublique Postes Canada avait décidé en décembre 2013 de remplacer la remise des lettres à domicile par leur dépôt dans les boîtes postales de quartier. Cette décision a néanmoins été gelée par le gouvernement libéral de Justin Trudeau à l’automne 2015. Entre-temps, plus de 800.000 familles ont perdu le service de distribution porte-à-porte mais elles ne pourront en bénéficier de nouveau, la ministre canadienne des Services publics, Carla Qualtrough, ayant récemment invoqué les coûts élevés d’une telle mesure.

En février 2013, l’US Postal Service, la poste américaine, a annoncé ne plus distribuer le courrier le samedi en raison de difficultés financières. En revanche, elle ne renonçait pas au colis en s’associant un an plus tard aux fournisseurs en ligne pour livrer les commandes des clients le dimanche.

Alors que Donald Trump a proposé de privatiser l’USPS, nombreux sont les pays européens à avoir franchi le pas. C’est notamment le cas de la Grande-Bretagne où cette décision avait déclenché une vive polémique en 2013. L’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas ont également opté pour la privatisation. En France, La Poste est devenue une société anonyme en 2010 mais la loi prévoit qu’elle soit détenue par des capitaux publics.

Paul Louis