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Emploi: l’intelligence artificielle reste perçue comme une menace

Ce robot intelligent a été présenté à Paris en avril dernier. Actuellement en test à Marseille, c'est un archéologue qui peut faire des fouilles dans les abysses. Menace-t-il l'avenir des professionnels ou les aidera-t-il dans leurs travaux?

Ce robot intelligent a été présenté à Paris en avril dernier. Actuellement en test à Marseille, c'est un archéologue qui peut faire des fouilles dans les abysses. Menace-t-il l'avenir des professionnels ou les aidera-t-il dans leurs travaux? - Boris Horvat - AFP

"Selon le baromètre "Les rendez-vous de l’innovation" d’Odoxa en partenariat avec BFM Business, les Français sont partagés sur l’intelligence artificielle. Si pour certains elle est l'avenir de l’industrie, elle continue d'être perçue par d'autres comme une menace économique."

Il n’y a pas que les Américains qui se posent des questions profondes sur le rôle de l’intelligence artificielle (IA) et ses conséquences sur nos sociétés. Le dernier baromètre d’Odoxa/BFM Business prouve que les Français sont tout aussi partagés sur la question. Lorsqu’on leur demande si l’IA leur fait peur ou si c’est une chance pour l’avenir économique du pays, les pessimistes sont 50%, mais ne l’emportent que d’un point sur les optimistes, 1% des personnes interrogées ne se prononçant pas.

Sur la place que la France pourrait s’octroyer sur cette nouvelle révolution technologique, les Français ont une opinion peu encourageante. Seulement 8% pensent que l'Hexagone pourrait être un leader mondial du secteur. Les autres pensent soit que la France pourrait jouer un rôle sans être leader (57%), soit que ce sera un nouvel échec pour l’innovation tricolore (34%).

"Ce n’est pas très ambitieux pour la France"

Pour Gaël Sliman, président d’Odoxa, ces positions sont un "petit cocorico". Clairement déçu de ces réponses, il prend les choses du bon côté. "C’est mieux que rien […], mais ce n’est pas très ambitieux ni cher payé au regard de la place qu’occupe actuellement la France dans ce domaine et qui lui permettrait normalement d’espérer jouer les premiers rôles. Communiquer auprès de nos concitoyens sur la fierté française et l’excellence française dans ce domaine ne serait donc pas superflu..."

Le message devra être finement travaillé au vu des profils totalement opposés des personnes interrogées, selon qu'elles sont optimistes ou pessimistes. Les personnes interrogées qui ont "peur" de l’IA sont en majorité des femmes (56%) de moins de 65 ans (52%) issues du monde ouvrier (61%) avec des salaires inférieurs à 2.500 euros et dont les opinions politiques vont plutôt vers les extrêmes (extrême gauche 57%, extrême droite 53%). Les optimistes sont donc plutôt des hommes (55%), de plus de 65 ans (56%), cadres (56%) et dont les sympathies politiques vont vers le PS (52%) ou LR (58%).

Pour Odoxa, cette tendance s'explique par la crainte que les machines prennent un jour les emplois aux humains. "C’est la raison pour laquelle les seniors – qui ne le craignent plus – et qui par ailleurs pourraient le plus bénéficier de certaines innovations dans ce domaine (santé et sécurité notamment) sont les plus positifs." Par contre, les actifs "sont nettement plus frileux, car ils craignent pour leur emploi". Quant aux femmes, leur crainte repose sur le fait "qu’elles sont toujours davantage lésées socialement que les hommes".

Pour modérer la déception, rappelons qu'aux États-Unis, le débat est vif sur le sujet. Si les géants du Net (Apple, Google, Amazon...) se lancent à corps perdus dans l'IA, Elon Musk, patron de Telsa et de SpaceX, l'astrophysicien Stephen Hawking et même Bill Gates estiment que ce futur pourrait signer la fin de l'humanité, pas moins. Par contre, ils n'évoquent pas les conséquences sur l'emploi.

Pascal Samama