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Doit-on craindre une guerre du bitcoin à partir du 1er août?

La mise à jour du bitcoin prévue le 1er août pourrait déboucher sur un affrontement entre ceux qui veulent que cette crypto-monnaie conserve son identité libertarienne et ceux qui veulent la normaliser pour l'ouvrir au plus grand nombre.

La mise à jour prochaine du bitcoin pourrait déclencher une guerre entre les utilisateurs conservateurs et les progressistes. Une guerre qui pourrait, si toutefois elle avait lieu, avoir pour conséquences un cyber krach qui occasionnerait une forte dévaluation de cette monnaie dont le cours est autour des 2000 dollars.

Au départ, il s’agit juste de s’adapter à l’explosion du nombre de transactions qui ralentit les échanges. Au lieu de quelques secondes, une transaction peut parfois mettre plusieurs heures à être validée. Pour faire face à cette situation, les plateformes d’échange ajoutent des blocs, ces éléments dans un espace de 1 Mo qui peuvent supporter entre 2000 et 3000 transactions, mais rien n’y fait. Avec six nouveaux blocs créés toutes les heures, le trafic n’est pas plus fluide.

Pour parer cet engorgement, les communautés impliquées dans la monnaie virtuelle, développeurs, mineurs, investisseurs et experts ont décidé de doubler la taille des blocs. Cette opération, programmée depuis plusieurs mois, sera réalisée avec SegWit (Segregated Witness), une nouvelle fonctionnalité qui sera activée le 1er août. Tout semble être clair, logique et rationnel, voire rassurant. Mais l’activation de SegWit provoque déjà un vent de panique sur la toile. 

L'affrontement entre ultras et progressistes

En effet, cette mise à jour mondiale va nécessiter une puissance de calcul phénoménale et un bug malencontreux en cours d’opération est redouté. C’est inquiétant, mais ce n’est pas le plus grave. La communauté du bitcoin craint surtout un "hard fork", c’est-à-dire que la modification pourrait inciter des groupes à maintenir l’ancien protocole et créer ainsi un bitcoin alternatif qui pourrait déstabiliser la valeur du cours et faire grimper d’autres crypto-monnaies comme l’Ethereum.

Pour le site suisse Bilan, ce pourrait être le démarrage d’une véritable guerre civile "entre les 'ultras' qui souhaitent conserver le bitcoin en tant que système d’échange libertarien et les 'progressistes' qui veulent le voir devenir accessible au plus grand nombre". 

Personne ne sait si ce scénario catastrophe se déroulera ainsi, mais l’inquiétude gagne le secteur, comme le montre le fil de discussion ouvert sur bitcointalk.org. Les détenteurs de bitcoins doivent-ils vendre avant le 1er août ou patienter au risque de voir leur investissement fondre comme neige au soleil? Le sujet est d’autant plus vif que les banques ont récemment fortement investi dans cette monnaie dite virtuelle. 

Le spectre du bug de l'an 2000

Pour CarlOff, un contributeur senior du fil, il ne faut surtout pas céder à la panique. "Si fork il y a, il y aura peut-être une période de quelques jours/semaines où ce sera le fouillis dans l'homogénéité du réseau". Il estime que "personne ne perdra ses bitcoins, mais certaines transactions prendront plusieurs jours voire semaines, parfois pour au final ne pas être validées et les bitcoins reviendront chez l'émetteur".

Son conseil: gérer soi-même ses clés privées et conserver ses bitcoins en attendant "tranquillement le mois de septembre", que la tempête soit passée. Et pour Corpsejunior, ce remue-ménage ne changera rien: "Ça va faire pschiiiit comme le bug de l'an 2000".

En effet, à l’époque, l’apocalypse informatique prévue par les spécialistes n'a pas eu lieu. En revanche, le coût de ce fantasme planétaire et des dépenses informatiques qui lui étaient liées est évalué entre 200 et 300 milliards d’euros. Reste à savoir à combien s’élèvera un "pshiiiitCoin" si un "hard-fork" se produit. Réponse en août.

Pascal Samama