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Amazon débute ses livraisons par drone en éludant la question qui tue

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Amazon vient d'effectuer en Grande-Bretagne sa première véritable livraison par drone à la faveur d'un paquet de pop-corn expédié dans une maison de campagne. Mais si le géant américain veut rentabiliser cette pratique, la législation devra changer. Explication.

Commandez un produit et 13 minutes après il est chez vous. Voilà la promesse qu'Amazon souhaite, dans un futur proche, pouvoir faire à ses clients. Et ce grâce aux drones. Le géant américain du commerce en ligne a annoncé avoir réalisé au Royaume-Uni sa première livraison par l'intermédiaire d'un drone. Et pour le prouver il a mis une vidéo en ligne sur son site ce mercredi. Le PDG d'Amazon, Jeff Bezos, a précisé dans un tweet qu'entre la commande et la réception du colis par le client il s'était déroulé 13 minutes. Le paquet contenait un module de réception de télévision en streaming "Fire TV" et un paquet de popcorn.

Amazon a indiqué que cette livraison à un particulier avait eu lieu le 7 décembre dans la région de Cambridge. Le service, appelé "Amazon Prime Air", est appelé à se développer dans d'autres régions du pays après ce premier test en conditions réelles. Le géant américain avait annoncé en juillet dernier le lancement d'un programme de livraisons par drones en Grande-Bretagne en collaboration avec le gouvernement. Aujourd'hui seuls deux clients britanniques font partie de la phase de test du service. Mais Amazon souhaite l'étendre à plusieurs dizaines dans les prochains mois.

Dévoilé il y a un an, le drone d'Amazon est capable d'emporter des colis inférieurs à 2,7 kg à une vitesse de pointe de 90 km/h. Et Amazon n'est pas le seul à travailler sur ce concept. Alphabet, la maison-mère de Google, a annoncé en août un programme test en collaboration avec l'agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) dans le cadre d'un projet appelé "Wing". Wal Mart, le géant américain de la distribution "classique", envisage également de livrer certains de ses produits par drones, selon les médias américains.

Pour autant, la première livraison par drone aux États-Unis a été effectuée par la chaîne de supérettes de proximité "7-Eleven", qui, en juillet, a acheminé par ce biais un sandwich au poulet, un café et un beignet dans la région de Reno (Nevada). La législation permettant la livraison par drones aux États-Unis est encore en gestation et doit être finalisée par la FAA.

Un drone complètement autonome

Actuellement, il est possible de faire voler un drone de moins de 25 kilos dans certaines zones qui ne relèvent pas du contrôle aérien à condition notamment que son opérateur garde un contact visuel avec l'engin. Une autorisation de vol doit être déposée pour les autres zones afin d'éviter les risques de collision avec d'autres aéronefs.

S'il offre un avantage certain aux clients souhaitant une livraison ultra-rapide, le recours aux drone est-il viable économiquement? Pour l'heure, les clients éligibles y ont accès sans surcoût de livraison. Pour la bonne et simple raison qu'aucun pilote humain n'a été impliqué dans le processus. Une fois chargé, le drone a décollé tout seul et a livré son colis avant de rentrer à sa base. Le coût n'aurait évidemment pas le même s'il y avait eu un pilote dans l'avion ou plutôt derrière son écran. 

La voiture autonome plus rentable que le drone?

Or aujourd'hui dans nombre de pays, la législation interdit ou limite le vol de drones autonomes comme celui d'Amazon. En France, par exemple, un drone autonome ne doit pas peser plus de 1 kilo et son vol ne doit pas durer plus de 8 minutes pour des raisons de sécurité et de contrôle du trafic aérien. Or l'appareil d'Amazon pèse une vingtaine de kilos et il est censé réaliser des vols de plusieurs dizaines de minutes. 

Or avec un pilote derrière chaque aéronef, la livraison par drone ne serait plus vraiment rentable. Un spécialiste de la livraison interrogé estime que le coût horaire d'exploitation d'un drone avec un pilote serait d'une vingtaine d'euros. Très cher pour des livraisons d'à peine 2 kilos quand la poste facture un tel service moins de 10 euros. 

Pour cet expert du secteur, l'avenir serait plutôt à chercher du côté de la voiture autonome. Un tel véhicule pourrait, comme un drone, livrer 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 et se charger de livraisons autrement plus importantes que de simples sachets de pop-corn.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco