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Aérospatial: qui veut la peau du patron de Swiss Space Systems?

Pour placer ses petits satellites en orbite, S3 a prévu de recourir à un Airbus A300, qui monte à 10.000 mètres avec la navette sur son dos. Celle-ci continue ensuite, seule, à grimper en altitude pour mettre en orbite, via une petite fusée, les satellites sur orbite basse.

Pour placer ses petits satellites en orbite, S3 a prévu de recourir à un Airbus A300, qui monte à 10.000 mètres avec la navette sur son dos. Celle-ci continue ensuite, seule, à grimper en altitude pour mettre en orbite, via une petite fusée, les satellites sur orbite basse. - Swiss Space Systems

Le PDG et fondateur de cette start-up suisse se remet à peine d'une très violente agression physique. Sa société qui veut démocratiser l'accès à l'espace et organiser des vols en micropesanteur menacerait-elle des intérêts?

Quand un fait divers sordide se mêle à un projet industriel... Pascal Jaussi, le PDG et fondateur de la société Swiss Space Systems (S3) a été, à la fin du mois d'août, retrouvé ligoté et grièvement brûlé dans une forêt suisse à la suite d'une sauvage agression commise par deux inconnus. Il se remet à peine à l'hôpital de cette attaque qui aurait pu lui être fatale, relate le site d'informations 24heures.ch. La police locale n’exclut aucune piste. Elle a évidemment vérifié qu’il ne s’agissait pas d’une "mise en scène". Le Ministère public fribourgeois a finalement engagé une procédure "contre inconnu pour lésions corporelles et incendie intentionnel".

Ce violent fait divers survient alors que la société suisse traverse une période de turbulences. Elle est en retard dans la mise en oeuvre de ses projets consistant à démocratiser l'accès à l'espace. Créée en 2012, la start-up vaudoise s'est attaquée au secteur stratégique des lanceurs spatiaux de satellites, avec la même ambition que SpaceX, la firme d'Elon Musk, mais pas forcément avec les mêmes moyens financiers.

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- © Pascal Jaussi, entrepreneur suisse de 40 ans, a été violemment agressé par deux inconnus, fin août 2016.

Swiss Space Systems développe un système de lancement de petits satellites légers embarqués via un Airbus A300 grâce à la navette suborbitale réutilisable SOAR. L’avion est censé emporter sur son dos la navette à 10.000 mètres d’altitude, puis celle-ci poursuit, seule, sa route ascensionnelle pour y placer, via une fusée, des minisatellites en orbite basse, à 700 kilomètre d'altitude. L'enjeu? Réduire de manière drastique le coût de la mise sur orbite de ces mini-satellites par rapport au lanceur traditionnel, en assemblant des éléments existants et réutilisables. La maîtrise technique de ces fusées reste délicate comme l'a prouvé l'explosion subie par SpaceX sur son pas de tir il y a quelques jours.

La société suisse, qui compterait aujourd'hui plus de 50 salariés, a connu fin 2015 des problèmes de trésorerie. Elle a même dû différer son introduction en bourse censée lui apporter de l'argent frais. Pour se relancer, elle a prévu de commercialiser à la fin 2016 des vols en micropesanteur à bord d'un Airbus A340 qu’elle a acquis puis présenté au public il y a quelques mois.

Pour l'instant, les motifs ayant conduit à l'agression de Pascal Jaussi restent mystérieux. Un investisseur déçu aurait-il décidé de se venger physiquement de l'entrepreneur? C'est peu probable. "La société suisse attend une décision judiciaire concernant sa mise en faillite demandée par un créancier, dont l’ajournement doit être décidé ces prochaines semaines par la justice" explique le quotidien suisse Le Temps. Et de citer Volker Gass, directeur du Swiss Space Center: "Il est connu que le spatial n’est pas un domaine où le retour sur investissement est rapide et important". On peut ajouter que les mises en bourse retardées de start-up technologiques sont monnaie courante. Ces délais ne conduisent pas les investisseurs impatients à se venger physiquement des fondateurs de ces jeunes entreprises!

En revanche, la piste du règlement de comptes sur fond de concurrence industrielle peut-elle être envisagée? Dans un entretien accordé en avril 2016 à La Liberté, Pascal Jaussi affirmait se sentir menacé en raison des choix technologiques et industriels de sa jeune entreprise.

Pascal Jaussi disait se sentir menacé depuis plusieurs mois

"Démocratiser l’accès à l’espace n’est pas une vision fortement partagée par l’industrie spatiale. Nous ne pensions pas nous attirer autant d’ennemis en nous lançant dans ce projet et nous subissons beaucoup de pressions. J’ai parfois l’impression d’être David contre Goliath" déclarait l'entrepreneur suisse. Pour preuve: l’année dernière, des inconnus étaient entrés par effraction dans le centre de calcul informatique de S3 et ils avaient inondé les serveurs informatiques avec une lance à incendie! L'arrivée de nouveaux acteurs venus pour casser les prix du lancement de satellites comme Swiss Space Systems ou SpaceX menacerait-elle à ce point des intérêts industriels établis?

En attendant, les espoirs fondés sur les promesses de la start-up suisse n'ont pas été affectés. "Parmi les partenaires de Swiss Space Systems, il n'y a pas eu de défections en chaîne ces derniers mois: TAG Heuer a encore réaffirmé son engagement aux côtés de la jeune start-up au mois de juillet 2016" explique le site économique suisse bilan.ch. Et pour le moment, il n’est pas question pour la start-up de renoncer au lancement de satellites à partir de navettes spatiales. De son côté, l'enquête des autorités suisses sur ce fait divers à forte implication industrielle ne fait que commencer...

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco