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Nike, WeWork, HSBC… Les grands patrons sont-ils plus souvent poussés vers la sortie qu'avant?

John Flint, le PDG de HSBC, a annoncé sa démission lundi 5 août.

John Flint, le PDG de HSBC, a annoncé sa démission lundi 5 août. - AFP

L'an passé, un record de turnover à la tête des entreprises de 10 salariés ou plus avait déjà été battu aux Etats-Unis. Mais l'année 2019 devrait compter encore davantage de départs.

Grand ménage d'automne dans les entreprises. Ces dernières semaines, plusieurs grands patrons ont pris la porte, de gré ou de force, pour laisser la place à une nouvelle direction. Le dernier en date est Adam Neumann, fantasque fondateur de WeWork. Après avoir mené son entreprise de coworking à des sommets, les doutes sur la viabilité du business model et ses pratiques managériales ont finalement poussé son nouvel actionnaire majoritaire, Softbank, à se séparer de lui mercredi dernier.

En parallèle, c'est le charismatique directeur général de Nike, Mark Parker, qui a annoncé son départ pour 2020. Son nom était évoqué dans une affaire de dopage qui colle à la peau de l'équipementier sportif depuis plusieurs semaines. Après 13 ans de direction, il est finalement recasé au poste de président exécutif du conseil d'administration. Toujours ce mercredi, Kevin Plank, le patron fondateur de Under Armour, a lui aussi décidé de passer la main dès le 1er janvier prochain.

1.160 départs aux Etats-unis depuis janvier

On pourrait citer aussi Kevin Burns (Juul), débarqué le 25 septembre dernier, Devin Wenig (eBay) démissionnaire quelques jours plus tard ou encore Chris Beard (Mozilla) qui quitte son poste à la fin de l'année. 

Selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas, entreprise spécialisée dans le reclassement des cadres, 2019 s'annonce ainsi comme une année record en matière de turnover à la tête des entreprises aux Etats-Unis. Entre janvier et septembre, 1.160 dirigeants ont quitté leur poste. C'est le chiffre le plus élevé depuis la première étude datée de 2002. L'année dernière, à la même époque, on comptait "seulement" 1.027 départs. Le cabinet s'intéresse ici aux patrons d'entreprises américaines ayant au moins deux ans d'activité et comptant 10 salariés ou plus. 

"Après une décennie d'expansion, les entreprises qui ont démarré et se sont développées au cours de cette période ont besoin d'un nouveau leadership pour continuer à se développer", analyse Andrew Challenger, vice-président de Challenger, Gray & Christmas. Au-delà de certains cas spécifiques (affaires judiciaires…), la guerre commerciale et le ralentissement économique mondial incitent les entreprises à chercher un nouveau souffle, pour poursuivre leur croissance.

Un turnover qui s'accélère en Europe

Et la situation devrait aussi se confirmer au niveau mondial. Selon une étude de PwC réalisée auprès des 2.500 plus grands groupes cotés en Bourse dans le monde, l'année 2018 était déjà une année record dans ce domaine, avec une augmentation de 3 points des départs (représentant ainsi 17,5% des patrons de ces 2.500 groupes en 2018, contre 14,5% d'entre eux en 2017). Et l'Europe de l'ouest était davantage concernée que l'Amérique du nord (19,8% de turnover contre 14,7%), laissant penser que les chiffres 2019, l'économie européenne souffrant plus que celle des Etats-Unis actuellement, pourraient bien s'aggraver lors de la prochain étude mondiale.

Surtout, de plus en plus de dirigeants sont poussés vers la sortie. Ainsi l'indice "the CEO push-out index", réalisé par le cabinet Exechange, montre une accélération de cette pratique. Sur les deux dernières années, 52% des dirigeants auraient été renvoyés (bien que ce soit généralement confidentiel).

Le fait que les plus hautes têtes tombent en premier au sein d’une entreprise, surtout lorsqu’elle est d’envergure, n’a certes rien de nouveau. Il n’empêche que les conseils d'administration et les actionnaires sont aujourd’hui clairement passés à la vitesse supérieure quand il s’agit de se séparer de leur PDG. Que celui-ci en assure la gouvernance depuis des décennies, ou non.

5 départs d'envergure en 2019

John Flint (HSBC)
Kevin Tsujihara (Warner Bros)
Thierry Bolloré (Renault)
Conrad Keijzer (Imerys)
Alexandre Nodale (Conforama)

Thomas Leroy