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Nationalisations: ces grandes entreprises françaises en difficulté avec la crise du coronavirus

Dans plusieurs secteurs, déjà touchés par des crises conjoncturelles, le coronavirus pourrait pousser l'Etat français à sortir l'artillerie lourde : une prise de participation ou même une nationalisation temporaire, comme ce fût le cas pour STX France en 2017.

"Tous les moyens" à disposition seront utilisés "pour protéger les grandes entreprises françaises". Ce mardi, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a évoqué de possibles opérations de prise de participations et même des "nationalisations si nécessaire".

Il faut dire que certains groupes ont vu leur valorisation fondre comme neige au soleil avec le krach qui a affecté les marchés financiers. Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que l'Etat intervient pour sauver un "fleuron" tricolore. L'actuel exécutif a d'ailleurs décidé, en 2017, de nationaliser STX France (désormais Chantiers de l'Atlantique), le temps de trouver un accord avec le repreneur italien Fincantieri. Il faut ensuite remonter à 2004 pour retrouver une trace des grandes nationalisations, en l'occurrence celle d'Alstom, alors au bord du gouffre. Après une recapitalisation de 2,2 milliards d’euros, l'Etat s'est finalement désengagé en 2006.

Avec cette nouvelle crise, certains groupes pourraient-ils être sauvés par l'Etat français? Si ce n'est pas forcément la faillite qui les guette, ce sont plutôt des attaques boursières qui inquiètent l'exécutif.

Renault, Air France...

Sans nul doute, Renault est probablement dans cette short list. Depuis l'arrestation de Carlos Ghosn en novembre 2018, la marque au losange de s'en sort pas et ses résultats 2019 affichaient un rouge vif, avant même le début de l'épidémie. Avec une perte nette de 141 millions d'euros, le groupe n'ambitionnait déjà pas une éclaircie en 2020 mais la pandémie risque d'aggraver la situation. Ses usines en France, en Espagne et en Slovénie sont à l'arrêt tandis que les ventes de véhicules en Europe ont baissé et devraient être proches de zéro ces prochaines semaines. Résultat, le titre en Bourse n'en finit plus de chuter : -63.90% depuis janvier dernier, pour une valorisation actuelle autour 4,3 milliards d'euros. Alors que son futur directeur général, Luca de Meo, n'est attendu que pour juillet afin de tenter de redresser la barre, le constructeur français devra peut-être se résigner à appeler l'Etat français à l'aide pour éviter la catastrophe. Mais cela ne pourrait qu'envenimer les relations déjà très tendues avec Nissan…

L'autre fleuron (en partie) français en difficulté, c'est bien évidemment Air France-KLM. Comme la plupart des compagnies aériennes, ses avions sont presque tous cloués au sol et le secteur aérien est clairement celui qui a le plus à perdre dans cette crise. Si un mouvement de consolidation de l'industrie était déjà à l'œuvre (23 compagnies ont fait faillite en 2019), la pandémie a déjà fait couler la compagnie régionale britannique Flybe et en menace certaines autres… A commencer par Air France-KLM qui coule en Bourse : -55.41% en un mois pour une valorisation actuelle d'1,8 milliard d'euros. Une renationalisation n'est pas exclue. L'Italie n'a d'ailleurs pas hésité à reprendre en main Alitalia pour les mêmes raisons…

Protéger Airbus

Airbus pourrait aussi être protégé. Si l'entreprise ne manque pas de commandes, surtout face aux difficultés de son concurrent Boeing, le constructeur européen est aussi contraint de suspendre sa production. D'autant que son année 2019 a été largement plombée par les amendes et les retards de l'A400M (soit une perte nette de 1,36 milliard d'euros). Le titre a, lui aussi, dévissé de 50% ce dernier mois. Le groupe ne sera évidemment pas nationalisé mais devrait bénéficier d'aides européennes importantes pour assurer la production et les livraisons.

Du côté des banques, Société Générale apparaît très fragile mais Bruno Le Maire a exclu toute intervention pour le moment. De la même façon, le parapétrolier Vallourec subit de plein fouet la baisse du pétrole et l'Etat garde probablement un œil sur son évolution.

Thomas Leroy