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Les entreprises se mettent au made in France

Les directeurs d'achats favorisent de plus en plus le made in France, selon l'étude AgileBuyer-CNA.

Les directeurs d'achats favorisent de plus en plus le made in France, selon l'étude AgileBuyer-CNA. - LOIC VENANCE / AFP

Chaque année, le cabinet AgileBuyer mène l'enquête sur les relations entre les clients et leurs fournisseurs. L'un des principaux enseignements en 2019 : le made in France est devenu un vrai critère de choix pour les directeurs d'achats.

Le made in France n'est plus qu'un simple slogan marketing. Il devient une réalité pour la majorité des directeurs d'achats interrogés dans l'étude « les tendances et les priorités des départements achats » d'AgileBuyer, (en partenariat avec le Conseil National des Achats). Pour 53% d'entre eux, le made in France est aujourd'hui un critère d'attribution du business. L'idée, explique l'étude, était totalement incongrue il y a à peine quelques années, mais elle a fait son chemin. En 2017, 31% seulement des acheteurs interrogés considéraient le made in France comme un critère pour choisir leurs fournisseurs, ils étaient 43% à le penser en 2018. En 2019, la barre des 50% est donc franchie, le changement de mentalité semble s'être installé chez les clients.

Un effet Donald Trump

Première raison de cette évolution, les inquiétudes liées à la politique protectionniste menée par Donald Trump. « Aujourd'hui, si un acheteur veut choisir un fournisseur dans un pays, il va se demander si le président américain ne va pas y imposer une taxe » explique Olivier Wajnsztock, associé fondateur d'AgileBuyer, sur notre antenne. Deuxième raison, les directeurs d'achats se tournent de plus en plus vers l'hexagone, car les pays considérés « à bas-coûts » pratiquent, dans les faits, des tarifs de plus en plus élevés. Enfin, les capacités de production rentrent en ligne de compte. Les acheteurs se tournent bien souvent vers des fournisseurs français car ils n'ont pas le choix. « Notre économie grandit, il faut acheter de plus en plus de produits et les usines ne sont pas extensibles à l'infini » détaille encore Olivier Wajnsztock, « les acheteurs gèrent le risque, ils choisissent non seulement des fournisseurs dans des pays lointains, mais aussi de plus en plus en Europe et en France ».

La tendance made in France s'impose pour le moment davantage dans le secteur privé. 41 % des acheteurs publics considèrent le made in France comme un critère d'achats à part-entière contre 54% dans le privé. L'importance de l'achat local est aussi évidemment variable selon les secteurs d'activité. Il est par exemple plébiscité dans l'hôtellerie-restauration et dans le secteur de la mode et du luxe, où respectivement 78% et 64% des acheteurs favorisent des produits fabriqués en France. L'automobile est aujourd'hui le secteur à la traîne. Le made in France est considéré comme un critère d'attribution du business par seulement 32% des directeurs d'achats interrogés.

Les fournisseurs ont pris le pouvoir

Autre enseignement de l'étude AgileBuyer, le renversement du rapport de force entre acheteurs et fournisseurs. C'est aussi une première depuis la création de l'enquête il y a 9 ans, plus de la moitié des directeurs d'achats sollicités estiment subir des relations déséquilibrées et défavorables avec certains de leurs fournisseurs. 54% des acheteurs se sont ainsi « retrouvés devant le fait accompli et sentis incapables d'instaurer une relation équilibrée avec leurs fournisseurs », d'après l'étude. Ses auteurs expliquent que « le mythe de l'acheteur tout puissant » a vécu.

C'est particulièrement vrai pour les fournisseurs de matières premières. 47% des départements achats se plaignent d'un lien dégradé avec ce type de fournisseurs. « La consolidation des acteurs sur certains marchés de matières premières (mines, pétrochimie, ciment), sont de nature à engendrer des relations déséquilibrées et défavorables aux acheteurs », assure ainsi le directeur des achats d'Eiffage.

Autre fournisseurs décrits comme « compliqués » par les directeurs d'achats, les éditeurs de logiciels. 35% des responsables interrogés expliquent avoir rencontré des difficultés avec des fournisseurs dans ce domaine, où, constatent les auteurs de l'étude, l'écosystème s'appauvrit et la concurrence se réduit. La logique s'est inversée, résume Olivier Wajnsztock, associé fondateur d'AgileBuyer. « Les acheteurs sont devenus des vendeurs, ils doivent se battre pour obtenir des contrats et amadouer les fournisseurs ».

Justine Vassogne