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Les chefs d'entreprise jugent que l'Etat ne donne pas assez de moyens à la justice

86% des dirigeants ont aujourd'hui confiance dans l'inspection du travail, 82% dans l'administration fiscale, 78% dans la justice et même 76% dans les élus locaux.

86% des dirigeants ont aujourd'hui confiance dans l'inspection du travail, 82% dans l'administration fiscale, 78% dans la justice et même 76% dans les élus locaux. - Pixabay

Selon un sondage réalisé par Kantar pour le Club des juristes et l'Institut Montaigne, près de 7 patrons sur 10 font confiance à la justice française. Mais ils sont une majorité à se plaindre de la lenteur des procédures, du manque de moyens et de la méconnaissance du monde de l'entreprise.

Quelle perception les dirigeants ont-ils de la justice française? Dans une enquête réalisée de concert par le Club des juristes, l'institut Montaigne et Kantar, il ressort que près de huit chefs d'entreprise sur dix (78%) ont foi en la justice française.

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Entre doute, confiance et influences

Dans le détail, sur 1000 entreprises sondées (dont 20% emploient plus de 200 collaborateurs), l'enquête révèle que 86% de leurs dirigeants ont aujourd'hui confiance dans l'inspection du travail, 82% dans l'administration fiscale, 78% dans la justice et même 76% dans les élus locaux. Et les tribunaux administratifs, commerciaux et civils sont considérées comme "équitables" par près de trois dirigeants sur quatre.

Ceux qui ont eu affaire à la justice au cours des cinq dernières années sont néanmoins plus critiques. La moitié d'entre eux estime que les décisions sont influencées par des considérations extérieures. La justice pouvant, selon les patrons interrogés, se révéler "injuste", ou "corrompue" parce qu'influencée par la politique (30% des dirigeants interrogés le pensent), par les médias (11%), ou encore par des considérations économiques (11%).

Primeur à la justice prud'hommale

Dans l'absolu, les dirigeants d'entreprises ne contestent pas l'expertise des magistrats mais l'efficacité du système judiciaire et son mode de fonctionnement. Le degré de satisfaction va également "du simple au double selon qu'il s'agisse de la justice pénale (64 % d’insatisfaction) ou prudhommale (33 %)".

Pour Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, il va sans dire que "ce n'est pas un hasard si la justice prud'homale est la plus appréciée. C'est une justice 'de pairs', où les entreprises sont représentées, ce qui n'est pas le cas au pénal, analyse-t-il.

Procédures trop lentes

De son côté, Emmanuel Rivière, directeur général de Kantar Public en France, rappelle que "beaucoup de critiques tournent autour de la lenteur des procédures, des moyens, mais aussi de la méconnaissance de l'univers des chefs d'entreprise". Et pour cause, de ce sondage, il ressort que ce que 95% des chefs d'entreprise voudraient améliorer en priorité, ce sont avant tout les délais de traitement des procédures. Ils sont également 94% à estimer qu'il importerait de mieux former les juges à la réalité du monde de l'entreprise.

"Même dans les grandes entreprises, qui disposent toutes d'un service juridique, l'impartialité est souvent mise en doute. On dépasse donc le cadre d'un jugement ''poujadiste''", observe Laurent Bigorgne.

Pour être plus efficace, 87% des chefs d'entreprise sondés estiment enfin que la justice devrait disposer de moyens plus importants.

Julie Cohen-Heurton