BFM Business

Le financement participatif prend l'eau

-

- - -

Les difficultés s'accumulent pour le secteur du financement participatif. A tel point que même les acteurs du secteur commencent à douter du potentiel du marché. Comme en témoigne la décision de SmartAngels qui a décidé d'abandonner le crowdfunding.

« Des volumes de transactions trop modestes, pas assez de potentiel ». Voilà comment Benoît Bazzocchi, le patron de SmartAngels, spécialisé dans le financement d'entreprises en actions, explique pourquoi il a décidé de jeter l'éponge. SmartAngels était pourtant l'un des premiers à s'être lancé dès 2014 et il était parmi les leaders, avec 20% des transactions. Seulement voilà, ce marché qui déjà n'avait jamais vraiment décollé est cette fois en train de chuter. Les montants investis viennent encore de baisser de 50% sur les 6 premiers mois de l'année et ne représentent plus aujourd'hui que 15 millions d'euros.

Un mauvais signal qui intervient après qu'Unilend, autre pionner du financement participatif en France, vient de mettre la clé sous la porte. Là encore à cause d'un trop faible volume de transactions. En 5 ans, le pionnier du financement participatif en France n'a réussi à financer que 427 projets pour 33 millions d'euros. Comme le souligne Guillaume Almeras, expert du secteur bancaire, « cela représente une activité de crédit très nettement inférieure à celle d'une banale agence bancaire, sachant que pour cela Unilend employait 16 personnes ».

La disparition de l'ISF n'arrange rien

Il faut dire que le marché était déjà compliqué. Les acteurs du financement participatif avaient déjà du mal à rivaliser avec les banques, pour attirer les emprunteurs qui, compte tenu des taux bas, bénéficient de conditions d'emprunts très attractives auprès des banques. Ils viennent en plus de perdre leur principal atout pour attirer les investisseurs à cause de la disparition de l'ISF. Jusqu'ici en effet, 50% de l'investissement pouvait être déduit du montant de l'ISF. Pour 20 000 euros investis, 10 000 pouvaient être déduit de la facture ISF. Aujourd'hui, seuls 18% des montants investis peuvent être déduits de l'impôt sur le revenu mais à condition de ne pas dépasser le plafond des niches déductibles dans le cadre de l'impôt sur le revenu... qui s'élève à seulement 10 000 euros.

Du coup, la plupart des investisseurs ont perdu tout intérêt fiscal à choisir le financement participatif. D’autant que la prise de risque est forte. Selon une étude que vient de publier l'UFC Que Choisir, le taux de défaut vient d'exploser de 120% depuis l'an dernier. Aujourd'hui, près d'une entreprise financée sur 10 ne rembourse pas ses échéances. De quoi dissuader encore un peu plus les investisseurs particuliers tentés par le financement participatif.