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Intérimaires, cyberattaque, tensions sociales: Adrexo et ses déboires pour distribuer les plis électoraux

De nombreux prospectus publicitaires sont déposés chaque jours dans les boîtes aux lettres des particuliers.

De nombreux prospectus publicitaires sont déposés chaque jours dans les boîtes aux lettres des particuliers. - Pixabay

L'entreprise avait remporté un appel d'offres pour venir concurrencer La Poste dans l'envoi de la propagande électorale. Mais les ratés de distribution se sont multipliés sans que cela n'étonne les syndicats de l'entreprise.

Au lendemain d'un scrutin où l'abstention est ressortie vainqueur par K-O, le ministère de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé la convocation, ce lundi, des prestataires chargés de la distribution de la propagande électorale pour les élections régionales et départementales, le groupe La Poste et l'entreprise Adrexo. 

En réalité, c'est principalement Adrexo qui est visée alors que plusieurs partis se sont plaints de tracts non distribués ou d'enveloppes incomplètes. A Ronchin, à côté de Lille, des plis ont tout simplement été retrouvés à côté d'une poubelle, a remarqué la semaine dernière La Voix du Nord. 

"Des dizaines de milliers d’électrices et d’électeurs sont ainsi privés des informations indispensables à la détermination de leurs votes" a notamment critiqué la France Insoumise, dénonçant le choix d'Adrexo par le gouvernement pour se charger de cette tâche. 

En réalité, l'entreprise avait remporté un appel d'offres en début d'année pour la distribution des plis électoraux. Adrexo était chargé de 7 régions incluant 51 départements, pour une période de quatre ans, La Poste occupant le reste de la distribution. Le choix d'un prestataire privé était une nouveauté totalement assumée par l'exécutif alors que La Poste est désormais une société anonyme (mais contrôlée par l'Etat).  

"Il semblerait totalement anachronique d'empêcher l'Etat d'externaliser la distribution de la propagande jusqu'aux boîtes aux lettres des électeurs, secteur qui est aujourd'hui ouvert à la concurrence, alors même que l'Etat s'efforce d'optimiser ses ressources dans le cadre d'une politique générale de meilleure gestion des deniers publics" écrivait encore le ministère de l'Intérieur en mai dernier en réponse à un sénateur qui s'inquiétait de ce nouvel arrivant. 

Adrexo n'est pourtant pas un petit poucet. Filiale du groupe Hopps (qui possède aussi Colis Privé), le distributeur a quarante ans d'histoire et est actuellement le leader français de la distribution d’imprimés publicitaires avec un effectif de 17.000 personnes. Auparavant intégré au groupe Sipa - Ouest-France, il est repris par trois entrepreneurs Eric Paumier, Frédéric Pons (ex-président d'Adrexo) et Guillaume Salabert, qui l'intègrent donc à la holding Hopps.  

"Un nouveau souffle"

Problème, Adrexo est loin d'être en bonne santé. Le groupe a vu son chiffre d'affaires baisser en 2019 à 280 millions d'euros. Surtout, l'entreprise affiche toujours de très lourdes pertes à l'image d'ailleurs du groupe Hopps qui peine à redresser la barre malgré les bonnes performances de Colis Privé permises par le confinement. 

"Cet appel d'offres, c'était un nouveau souffle pour nous" glisse une source syndicale. "Tout le monde s'est investi pour y arriver, des distributeurs aux cadres-dirigeants d'Adrexo."  

Mais difficile d'improviser une telle campagne de distribution, dans une entreprise qui n'embauche qu'à temps partiel avec un salaire moyen net qui s'étale de 300 à 500 euros. Il a donc fallu faire appel à des milliers d'intérimaires, en urgence. "Ils n'étaient pas formés" déplore un autre élu syndical, qui rappelle que même les distributeurs d'Adrexo ne peuvent pas lutter face aux facteurs de La Poste, qui distribuent au quotidien, quand les prospectus ne sont glissés qu'une fois par semaine. "Et quand vous ne connaissez pas le quartier, vous oubliez des boîtes aux lettres". Cette nouvelle mission a aussi pesé sur les managers qui ont eu toutes les peines du monde à suivre la cadence, en plus des missions habituelles. En interne, on évoque des départs, des burn-out, des cadres impossibles à fidéliser…  

Une cyberattaque en avril

A cette situation s'est ajouté un évènement venu compliquer un peu plus la situation. Le 24 avril dernier Adrexo est victime d'une cyber-attaque qui a bloqué le système informatique entrainant notamment des retards de paie. "Certains intérimaires ont lâché en cours de route", résume une source syndicale. "On savait qu'il y allait avoir un clash sur le salaire des intérimaires", explique une autre source.  

Ce lundi matin, Gérald Darmanin n'a pas caché sa colère devant les dirigeants de La Poste et Adrexo (qui évoque des problèmes concernant "1%" des propagandes électorales). Dans un communiqué diffusé après la réunion, "il leur a demandé expressément de garantir que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent pas pour le second tour qui se tiendra le 27 juin prochain et les a enjoints de prendre toutes les mesures afin de rétablir un service normal." Elles devront d'ailleurs proposer des "mesures fortes" pour "améliorer concrètement l’information des électeurs." Contacté, Adrexo n'a pas encore répondu.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business