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Une pénurie de bitume menace l'avancée des travaux sur les routes

Les chantiers retardés par une pénurie de bitume

Les chantiers retardés par une pénurie de bitume - REMY GABALDA / AFP

Selon l'organisation professionnelle Routes de France, plusieurs chantiers sont menacés de retard en raison d'une pénurie de bitume causée par les récents mouvements sociaux impactant la production des raffineries. Total déplore de son côté un manque de chauffeurs poids lourds.

Les entreprises de construction routière tirent la sonnette d’alarme. Depuis quelques semaines, l’organisation professionnelle Routes de France qui regroupe les grands constructeurs du secteur routier parmi lesquels Colas (Bouygues), Eurovia (Vinci) ou Eiffage Route, s’inquiète d’une "pénurie de bitume" qui ralentirait les travaux sur les routes de France en période estivale où les chantiers sont les plus nombreux.

"Treize régions françaises nous ont rapporté des problèmes de bitume depuis quelques semaines", indique Routes de France dans un communiqué, dénonçant "un phénomène conjoncturel".

"Nos grosses entreprises routières ont généralement des stocks pour absorber ces types de pénurie, et là ces stocks sont vides", a indiqué Pierre de Thé, le porte-parole de l'organisation qui assure que "les entreprises vont être obligées de ralentir, d'arrêter ou de reporter des chantiers".

Plusieurs chantiers au ralenti

Même si le bitume ne représente que 5% de la composition des revêtements des routes, la pénurie risque de "pénaliser la réalisation des chantiers routiers, de voiries et d'aménagements urbains", explique encore Routes de France dans le communiqué.

"De gros chantiers, comme la mise en 2x2 voies dans l'Allier de la route Centrale-Europe-Atlantique, réputée plus dangereuse route de France, sont concernés, ou encore, dans la Somme, la route départementale RD934, qui a été rabotée et est en attente d'un revêtement qui n'a pas été livré, et tous les travaux sur les routes départementales de l'Oise sont aussi touchés, entre autres", énumère Pierre de Thé dans Les Échos.

Les entreprises de la route dépendant à 70 % de la commande publique, l'organisation professionnelle a demandé au ministère de l'Économie et des Finances de déclarer "une situation de force majeure" pour obtenir "l'adaptation des délais de réalisation des chantiers", afin que les entreprises ne soient pas pénalisées en cas de retard des travaux. Et pour cause, elle craint que la situation de crise ne s’étendent jusqu’à "septembre ou octobre".

L'organisation a également demandé à la ministre des Transports Elisabeth Borne de jouer le rôle "d'intermédiaire" afin de "voir comment ça se passe du côté des fournisseurs", explique Pierre de Thé. La période de mai à octobre représente la période la plus dense pour les constructeurs chargés de l'entretien des routes. Si les travaux sont repoussés, l'état des routes ne pourra "qu'empirer l'hiver prochain", a indiqué le porte-parole.

Mouvements sociaux et manque de chauffeurs

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette pénurie de bitume. D’abord, "le rebond des commandes des collectivités locales s’est conjugué au printemps à des mouvements sociaux qui ont bloqué les raffineries", indiquent Les Échos avant de rappeler que des pannes impactant les capacités de production sont également survenues à la raffinerie Total de Dones et celle d’Esso à Port Jérôme.

Mais pour Total, le problème "n’est pas au niveau de la production des raffineries mais la pénurie de chauffeurs poids lourds" qui empêchent de répondre à l’augmentation de la demande entre mai et octobre. Et pour cause, le transport de bitume nécessite que les conducteurs passent le permis de transport de produits dangereux.

Avant, un tiers des jeunes sortaient du service militaire avec le permis, aujourd'hui ils devraient payer 4000 ou 5000 euros pour le passer. Résultat: on voit des camions rester au garage, affirme aux Échos Charles Bricogne, directeur général de l'entreprise de travaux publics Roger Martin.

P.L avec AFP