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Thales: le retrait de Proglio laisse Caine seul aux manettes

Patrice Caine, thalésien depuis douze ans, endossera le costume de PDG de Thalès.

Patrice Caine, thalésien depuis douze ans, endossera le costume de PDG de Thalès. - ERIC PIERMONT - AFP

Les responsabilités assurées par le PDG de Thales, Jean-Bernard Levy jusqu'à son départ pour EDF, ne seront pas réparties entre deux individus mais confiée intégralement à Patrice Caine.

Patrice Caine sera finalement seul aux commandes. Après le départ de Jean-Bernard Lévy, chez EDF, le poste de PDG devait être scindé. Le thalesien depuis douze ans était censé occuper le poste de directeur général, et laisser celui de président non-exécutif à Henri Proglio, ex-Veolia et EDF. Mais en raison du retrait de ce dernier, annoncé mardi, le projet de gouvernance dissociée "ne sera pas mis en oeuvre", a indiqué Patric Caine ce 13 mars. Une annonce formulée à l'occasion de l'assemblée générale extraordinaire du groupe qui devait entériner la nouvelle gouvernance à la tête du groupe d'armement et de défense.

"Henri Proglio ayant démissionné de ses fonctions d'administrateur hier (mardi, ndlr), le conseil d'administration s'est réuni ce matin (mercredi, ndlr) afin d'en prendre acte", a déclaré Patrice Caine. "Il s'en suit que le projet de gouvernance dissociée ne sera en conséquence pas mis en oeuvre", a-t-il ajouté.

Henri Proglio a annoncé qu'il renonçait à ce poste après que Bercy a exigé qu'il démissionne de ses fonctions auprès de l'agence russe de l'énergie, Rosatom. Le ministère estimait en effet que ce rôle et le fait d'être rémunéré par des sociétés russes plaçaient l'ex-patron d'EDF en situation de conflit d'intérêt.

"M. Proglio a dit 'non, je reste là où je suis'"

Par la voix de son avocat, celui-ci avait rétorqué que son lien avec Rosatom "ne porte pas sur des points stratégiques susceptibles d'influencer les prises de décision au sein du groupe Thales". Mais le ministère était resté inflexible, si bien qu'Henri Proglio a finalement jeté l'éponge, dénonçant une "campagne de Bercy contre lui "pour des considérations politiciennes". "J'en ai assez du soupçon, de l'humiliation", s'est-il emporté, ajoutant qu'il fallait "arrêter de (le) prendre pour un guignol, un espion, un goinfre, un traître...".

Sur BFMTV et RMC ce matin, le ministre des Finances et des comptes publics Michel Sapin a estimé que Thalès était "une très belle boîte qui est dans la défense. Donc on est dans le domaine de la souveraineté (...) Nous avons dit oui à la nomination de M. Proglio, qui a des qualités, qui est un très bon candidat (...) Nous avons lui avons dit 'vous avez par ailleurs des responsabilités dans des entreprises étrangères, vous êtes rémunéré à ce titre par telle ou telle entreprise russe soit pour des activités dans le domaine de l'industrie nucléaire ou de la défense, soit dans des activités de caractère bancaire'. Donc nous lui avons dit, c'est quand même la moindre des choses, 'évidement le poste à Thalès, vous en êtes parfaitement capable, vous apporteriez beaucoup de vous-même et de vos qualités, mais vous ne pouvez pas tout faire à la fois'. Et c'est à cette question-là que M. Proglio a dit 'non, je reste là où je suis, au conseil d'administration de sociétés russes, et je continuerais à être payé par ces sociétés russes, et donc je refuse d'être à la tête de Thalès'. On voit qui a fait le choix", a conclu le ministre.

La nomination d'Henri Proglio à la présidence de cette entreprise emblématique avait déjà fait l'objet, selon des rumeurs de presse, d'une lutte d'influence entre les deux actionnaires principaux de Thales: l'Etat et Dassault. Y avait succédé une polémique sur le montant de sa rémunération

Nina Godart avec agences