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Roundup: Monsanto condamné aux États-Unis à payer 80 millions de dollars à un retraité

C'est la deuxième fois en quelques mois qu'un jury populaire de San Francisco conclut que le Roundup a causé un cancer et que Monsanto est coupable de n'avoir rien fait pour prévenir des dangers possibles de son produit au glyphosate.

C'est la deuxième fois en quelques mois qu'un jury populaire de San Francisco conclut que le Roundup a causé un cancer et que Monsanto est coupable de n'avoir rien fait pour prévenir des dangers possibles de son produit au glyphosate. - Patrick Stollarz-AFP

Deuxième défaite judiciaire pour Monsanto, condamné aux États-Unis à verser plus de 80 millions de dollars à un retraité atteint d'un cancer dont le Roundup serait à l'origine.

C'est la deuxième fois en quelques mois qu'un jury populaire de San Francisco (Californie) conclut que le Roundup a causé un cancer et que Monsanto est coupable de n'avoir rien fait pour prévenir des dangers possibles de son produit au glyphosate.

Estimant que la direction de Monsanto avait agi "avec malveillance" et avait sciemment négligé la sécurité, le jury américain a attribué 75 millions de dollars au plaignant en dommages "punitifs", selon le terme juridique américain. À cette somme s'ajoutent notamment les dommages destinés à compenser les dépenses de santé et les pertes économiques passées et à venir du plaignant ainsi que sa souffrance morale. Au total, ce sont 80,3 millions de dollars que doit débourser Monsanto.

Le retraité a utilisé le Roundup durant plus de 25 ans

Bayer s'est d'ailleurs dit "déçu par la décision du jury" dans un communiqué, mais estime qu'elle "ne change rien au poids de 40 ans de science et de conclusions d'agences de régulation dans le monde entier qui soutiennent que notre désherbant au glyphosate est sûr et qu'il n'est pas cancérigène".

Le bénéficiaire du verdict condamnant Monsanto est Edwin Hardeman, 70 ans, qui avait été diagnostiqué d'un lymphome non-hodgkinien en 2015 avant d'attaquer la firme l'année suivante, estimant que sa maladie était due au Roundup dont il s'est servi pendant plus de 25 ans pour désherber sa propriété en Californie.

La semaine dernière, les jurés avaient déjà estimé que le Roundup était un "facteur substantiel" dans le cancer de d'Edwin Hardeman, qui est actuellement en rémission. Mercredi, ils ont conclu que Monsanto avait également mis sur le marché un produit ayant un "défaut de conception", que les bidons de Roundup auraient dû mentionner des "avertissements" sur les risques potentiels et que Monsanto avait été "négligent" en ne prévenant pas les usagers de risques de cancer.

Bayer fait face à 11.200 procédures aux États-Unis

"La science nous montre depuis 40 ans que le Roundup peut causer le cancer. Quand on regarde les documents internes à Monsanto, il est aussi très clair qu'ils le savaient", a aussi dit Jennifer Moore, l'autre avocate du plaignant. L'attitude de Monsanto était "destinée à tromper et malveillante, Monsanto doit changer ses pratiques commerciales dès maintenant", a-t-elle ajouté, remerciant les jurés d'avoir envoyé un message "fort et clair" à une entreprise qui gagne des "milliards" avec son désherbant. "Nous sommes prêts à continuer à nous battre et à porter ces dossiers devant les tribunaux", a-t-elle encore dit.

Au-delà de ce procès, Bayer fait face à quelque 11.200 procédures similaires rien qu'aux États-Unis. Le groupe de chimie martèle qu'aucune étude, aucun régulateur dans le monde n'a conclu à la dangerosité du glyphosate ou du Roundup entre sa mise sur le marché au milieu des années 1970 et 2012, date à laquelle Edwin Hardeman a cessé de s'en servir. Depuis l'acquisition de Monsanto, le cours de Bourse de Bayer a plongé de près de 40%

Frédéric Bergé avec AFP