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Robots industriels: la Chine fait ses courses en Allemagne

Nouvelle manifestation de l'appétit chinois pour l'industrie allemande:  le géant de l'électroménager Midea a fait une offre de rachat sur le fabricant de robots Kuka, valorisant celui-ci plus de 4 milliards d'euros.

Nouvelle manifestation de l'appétit chinois pour l'industrie allemande: le géant de l'électroménager Midea a fait une offre de rachat sur le fabricant de robots Kuka, valorisant celui-ci plus de 4 milliards d'euros. - Tobias Schwarz-AFP

"Outre-Rhin, Kuka, fournisseur de robots d'Audi et BMW, est la cible d'une offre de rachat d'un groupe chinois, déjà actionnaire à 13%. L'Allemagne laissera-t-elle échapper le contrôle de l'un de ses fleurons de l'industrie du futur?"

La Chine, "l'usine du monde", a grand besoin de robots industriels. Et elle fait son marché dans un des pays les plus réputés en la matière: l'Allemagne. Dernièrement, ChemChina, numéro un de la chimie en Chine a mis la main sur le fabricant allemand de machines-outils KraussMaffei pour 925 millions d'euros. Le géant chinois de l'électroménager Midea veut désormais s'offrir le fabricant de robots industriels Kuka, valorisant celui-ci plus de 4,6 milliards d'euros. Son intérêt n'est pas nouveau pour sa proie européenne car il possède déjà 13,5% de la firme allemande.

"Nous voulons avoir une forte participation au-dessus de 30% (...) qui placerait les deux entreprises dans une bonne position pour conforter leur croissance au travers de leur collaboration, en particulier en Chine", a indiqué Paul Fang, président et directeur général de Midea, mastodonte de l'électroménager, connu notamment pour ses appareils de ventilation et d'air conditionné.

Avec 30% du capital - qui lui coûteraient moins de 800 millions d'euros -, Midea passerait devant l'actuel premier actionnaire de Kuka, le groupe allemand de machines-outils Voith. L'offre chinoise représentait une prime de 36% par rapport au cours de clôture, en soirée, mardi 17 mai 2016.

Midea veut intensifier l'automatisation de ses usines

L'offensive chinoise outre-Rhin est symbolique à plusieurs titres. Midea, qui a engrangé l'an dernier un chiffre d'affaires de 22 milliards de dollars, est à la fois confronté au renchérissement de la main d'œuvre en Chine et à une concurrence locale plus aiguisée. Cette double pression le pousse - à l'instar de nombreux autres industriels chinois - à intensifier l'automatisation de ses usines pour rogner ses coûts, en remplaçant des employés par des robots.

Midea s'attaque aussi à l'un des fleurons allemands des robots industriels. Kuka n'a rien d'une start-up. Créé en 1898, il est devenu un grand fournisseur de l'industrie automobile allemande: Audi, Daimler et BMW. Il équipe aussi les chaînes d'assemblage d'Airbus. Kuka a réalisé plus de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2014, avec 25 filiales sur les marchés les plus importants d'Europe, des États-Unis et d'Asie.

Kuka est un acteur au cœur de la révolution industrielle numérique

Cette firme bavaroise, originaire d'Augsbourg, est, surtout, un des acteurs de la nouvelle révolution industrielle qui émerge. Cette mutation s'appuie sur l'automatisation intensive, l'invasion du numérique sur les chaînes de production et la connexion en réseau des robots entre eux et avec les donneurs d'ordre externes via Internet.

Enfin, auréolées du prestige dont jouit en Chine le "made in Germany", les entreprises allemandes sont devenues des cibles prisées pour les acteurs chinois, encouragés par Pékin à doper leurs investissements à l'international. L'offre sur Kuka est la dernière d'une série d'acquisitions en Allemagne ces dernières années, avec une prédilection marquée pour les grosses PME industrielles (Kion, détenu à 25% par Weichaï Power, Putzmeister, KraussMaffei). 

Frédéric Bergé