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Quand des voiles géantes aident les cargos à être plus écologiques

Seawing est une voile de 1000 m2, pliée sur le pont d'un navire. Elle est hissée sur un mât escamotable et se déploie et se replie de façon autonome.

Seawing est une voile de 1000 m2, pliée sur le pont d'un navire. Elle est hissée sur un mât escamotable et se déploie et se replie de façon autonome. - Airseas-Airbus

Airbus équipera d'une voile géante en 2021, grâce une start-up, son navire de fret livrant des tronçons d'avion pour économiser 20% de carburant. Un projet concurrent, animé par le navigateur Yves Parlier, s'inspire aussi de la voile de kitesurf pour tracter des bateaux de tout type.

Quand la voile vient au secours du transport maritime à moteur... Airbus a passé la première commande d'une aile géante inspirée du kitesurf et conçue par la start-up Airseas pour l'un de ses navires, L'"Ile-de-Bordeaux".

Propriété de l'avionneur européen, ce bateau traversera l'Atlantique depuis les États-Unis jusqu'à Saint-Nazaire, pour convoyer de grandes pièces d'avion (ailes, pointes avant et dérives) des A320 assemblés dans une usine située dans l'État d'Alabama. L'apport de la voile, qui sera déployée en 2021, réduira de 20% la consommation de fuel maritime avec un impact direct sur les émissions de CO2 qui seront diminuées de 8000 tonnes par an.

Seawing, une voile de 1000 mètres carrés

"Cette première installation sur un roulier ouvre la voie à d'autres accords pour des porte-containers, des vraquiers et des ferries", s'est félicité Vincent Bernatets, ancien cadre d'Airbus et PDG d'Airseas. La start-up est soutenue à la fois par l'avionneur et par l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Les ingénieurs d'Airbus ont apporté leur savoir-faire en matière d'aérodynamisme, de modélisation, et de matériaux.

Le fruit de ces travaux a abouti à Seawing, voile de 1000 mètres carrés, pliée sur le pont d'un navire. Elle se hisse sur un mât escamotable et se déploie et se replie de façon autonome sur le navire, au départ ou lors d'une escale. Un logiciel d'aide à la décision évalue l'opportunité de la déployer et calcule la route optimale du navire qu'il devra suivre, en fonction des vents.

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- © Le navigateur Yves Parlier a imaginé une aile de kite destinée aux bateaux de plaisance de 4 à 18 m, dès 10 nœuds de vent. Beyond The Sea

Airseas est en discussion avec trois importants armateurs pour équiper des navires, selon son PDG. D'ici 2030, la start-up espère équiper 10% des navires de plus de 100 mètres dans le monde, dont la consommation de carburant représente 50% des coûts opérationnels.

La start-up soutenue par Airbus a aussi un sérieux rival potentiel en la personne du navigateur Yves Parlier. Celui-ci travaille depuis 2007 dans le cadre de la start-up Beyond the sea, sur une aile géante dérivée du kitesurf, à base d’armature gonflable, qu'il prévoit d'adapter à des navires de grande taille. L'aile, en plus d’aider à la propulsion du bateau, l’allège de par sa traction verticale, réduisant encore ses besoins énergétiques de l'ordre de 20%.

Une aile de kit adaptée aux bateaux de plaisance

Pour l'aider à concevoir cette aile, Yves Parlier s'est adjoint la collaboration d'entreprises françaises, Porcher Industries, Cousin Trestec, Bopp, CMA CGM et l’école d’ingénieurs Ensta Bretagne. Soutenu par le programme des investissements d'avenir, l'Ademe et la région Nouvelle-Aquitaine pour un budget total de 15 à 16 millions d'euros, ce projet doit déboucher sur un produit en 2020.

Parallèlement, les équipes de Beyond the sea ont élaboré une aile de kite plus petite capable de tracter les bateaux de plaisance 4 à 18 mètres, dès 10 nœuds de vent. Cette voile est commercialisée depuis juin 2017 comme un élément de sécurité en cas de panne moteur.

Frédéric Bergé