BFM Business

Pourquoi vos voitures électriques auront bientôt des batteries Made in Europe

La France et l'Allemagne se sont mises d'accord mardi sur "une approche stratégique" pour développer des batteries en Europe.

La France et l'Allemagne se sont mises d'accord mardi sur "une approche stratégique" pour développer des batteries en Europe. - JACQUES DEMARTHON / AFP

Paris et Berlin ont acté ce mardi un plan stratégique pour développer une industrie européenne des batteries pour les voitures électriques. Afin de ne pas se laisser distancer par la Chine.

Les voitures électriques fabriquées en Europe auront bientôt des batteries européennes. C’est la volonté affichée ce mardi par les ministres de l’Economie français et allemand, en marge d'une réunion à Paris où 18 pays européens ont appelé Bruxelles à soutenir l'industrie européenne.

"Les gouvernements [des deux pays, ndlr], en coopération avec la Commission européenne, vont développer une approche stratégique pour établir une cellule de production industrielle de batteries en Europe", ont indiqué le ministre français des Finances, Bruno Le Maire et le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier.

Ne pas laisser le monopole aux géants asiatiques

L’objectif est clairement de mettre un coup d’arrêt à la main-mise des industriels asiatiques sur le secteur des batteries. Tous les constructeurs européens de voitures électriques se fournissent en effet auprès des géants coréens ou japonais, comme Renault qui achète les cellules de ses batteries pour les Zoé et Twizy auprès de LG Chem, BMW qui se fournit en cellules chez Samsung ou encore Volkswagen, qui utilise des batteries Panasonic.

Les dirigeants comme les industriels européens tiennent surtout à ne pas se laisser distancer par la Chine. "C'est 35% de la valeur d'une voiture qui risque de s'envoler en Chine si on ne construit pas notre propre capacité de production [de batteries, ndlr]", rappelle un haut fonctionnaire du ministère de l'Économie et des Finances dans La Tribune.

1,1 million de voitures électriques se sont vendues l’an dernier dans le pays, d’après une étude publiée par Bloomberg NEF, sans compter plus d’un million et demi de petits véhicules électriques, très prisés des automobilistes chinois. Avec la marque BYD, le pays dispose à la fois d’un grand constructeur de voitures électriques et d’un fabricant de batteries, alors que chaque joint-venture avec un constructeur occidental doit avoir sa marque propre de voitures électriques. Or, ces véhicules doivent être produits sur place.

Identifier les industriels participants

Le binôme franco-allemand veut donc aller vite. Il identifiera au premier semestre les consortiums et industriels qui pourront servir de base à ce nouveau secteur. Les projets seront ensuite soumis à la Commission Européenne, sous un tout nouveau cadre: les IPCE (Important Projects of Common European Interest). Ces derniers doivent permettre des larges financements publics, pour des projets stratégiques à tout le continent. Peter Altmaier s’est notamment montré très offensif sur la création d’une industrie européenne des batteries.

L’Allemagne s’est engagée à mettre 1 milliard d’euros dans le projet d’ici à 2022, et espère produire 30% des batteries européennes en 2030. Les premières batteries Made in Germany devraient arriver à partir de 2021. "La production doit démarrer aussi vite que possible", a-t-il déclaré, rapporte Reuters.

Le travail s’avère toutefois ambitieux, car Paris et Berlin ont une filière complète à monter, de la recherche, au développement et à la production des batteries, surtout celles de prochaine génération. Cette nouvelle technologie doit remplacer les actuelles batteries lithium-ion utilisées dans pratiquement tous les véhicules électriques sur le marché. Parmi les industriels pressentis se trouvent Saft, la filiale batteries de Total, Siemens ou encore BASF et Ford, comme Volkswagen. Reste à savoir quelle sera la nouvelle technologie de batteries.

Lors du dernier Mondial de l’Automobile, le directeur général de Renault, et président par intérim depuis l’arrestation de Carlos Ghosn le 19 novembre au Japon, Thierry Bolloré expliquait à La Tribune qu’il ne fallait pas se lancer sur une technologie dont "l'amortissement se fera sur 5 ou 7 ans. Il faut viser autre chose que le lithium-ion". La recherche sera donc capitale.

Pauline Ducamp