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Pourquoi ArcelorMittal paie le prix fort pour racheter l'Italien Ilva

L'aciérie d'Ostrava en République tchèque fait partie des sites que devra céder ArcelorMittal.

L'aciérie d'Ostrava en République tchèque fait partie des sites que devra céder ArcelorMittal. - ArcelorMittal

La Commission européenne a autorisé l'acquisition de l'aciériste italien Ilva par ArcelorMittal. Ce dernier devra en plus céder plusieurs usines en Italie, Belgique, Roumanie, République Tchèque, Luxembourg et Macédoine, pour satisfaire aux exigences anti-trust de Bruxelles.

ArcelorMittal va chèrement payer l'acquisition de la société Italienne Ilva. Pour mettre la main sur l'aciérie de Tarente (Italie), plus grande usine intégrée sur site, unique en Europe, de produits plats en acier au carbone, l'industriel indien, à la tête du consortium Am Investco Italy, a proposé 1,8 milliard d'euros, montant auquel ArcelorMittal a ajouté une promesse d'investissements de 2,4 milliards et des engagements en matière d'emplois.

Si la transaction financière est importante, c'est surtout l'ampleur des cessions d'actifs exigées par la Commission qui représente la "facture" à payer pour le géant indien de l'acier.

Bruxelles redoutait une hausse de prix de l'acier en Europe

"ArcelorMittal a proposé de vendre plusieurs aciéries à travers l'Europe à un ou plusieurs acquéreurs. La concurrence effective sur les marchés européens de l'acier sera ainsi préservée" a justifié Margrethe Vestager, commissaire chargée de la politique de concurrence, pour autoriser ce rachat. Pour Bruxelles, il y a avait un risque sérieux que l'acquisition d'Ilva par ArcelorMittal, qui donne naissance à ce qui est, de loin, le plus important sidérurgiste européen, provoque une hausse des prix de l'acier au détriment des industries de l'UE.

Pour satisfaire aux exigences anti-trust de Bruxelles, ArcelorMittal s'est engagé à céder un vaste portefeuille d'actifs de production en Belgique (Liège), en République tchèque (Ostrava), au Luxembourg (Dudelange), en Italie (Piombino), en Roumanie (Galati) et dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine (Skopje). Toutes les aciéries seront cédées "à un ou plusieurs acquéreurs qui continueront à les exploiter et à les développer, afin qu'elles puissent concurrencer effectivement ArcelorMittal", souligne la Commission. Le groupe basé au Luxembourg va aussi vendre "plusieurs actifs de distribution en France et en Italie".

Plus de 6000 salariés concernés par le site roumain

L'importance des cessions imposées par Bruxelles à ArcelorMittal, vient du fait que parmi les sites à céder, certains ont des capacités de production d'aciéries intégrées comme en République tchèque (Ostrava) et en Roumanie (Galati). Rien que le site roumain emploie respectivement plus de 6000 salariés, qui quitteront donc bientôt le giron du géant indien lorsqu'un acquéreur aura été trouvé.

En réaction, le ministre luxembourgeois de l'Économie, Etienne Schneider, a déploré de voir le site de Dudelange "être cédé à un repreneur inconnu", ce qui "crée de grandes incertitudes parmi les salariés quant au maintien de leur emploi et de leurs conditions de travail".

Enfin, ArcelorMittal a proposé de faire sortir Marcegaglia (un concurrent italien majeur dans le domaine de la production de produits plats en acier au carbone galvanisés) du consortium qui acquiert Ilva. Il s'est aussi engagé à ne pas acquérir de parts dans Marcegaglia dans le cadre de l'opération.

ArcelorMittal a réalisé 4,6 milliards de dollars (3,9 milliards d'euros) de bénéfices en 2017, sur un chiffre d'affaires de 68,7 milliards de dollars (57,6 milliards d'euros). L'industrie sidérurgique, l'un des principaux secteurs d'activité dans l'UE, emploie environ 360.000 personnes sur plus de 500 sites de production dans 23 Etats membres.

Frédéric Bergé