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Pétrole: Mer du Nord et Asie, les chantiers géants de la décroissance

Shell va mettre fin à de nombreuses décennies d’exploitation intensive des champs pétrolifères de Mer du Nord.

Shell va mettre fin à de nombreuses décennies d’exploitation intensive des champs pétrolifères de Mer du Nord. - Andy Buchanan - AFP

Après les annonces des spécialistes du pétrole de schiste américains, et des grandes majors comme Total, Chevron et Exxon, c’est au tour des exploitants pétroliers de la Mer du Nord ainsi que des majors asiatiques, de dévoiler des plans de restructuration massifs de leur appareil de production.

Les cours actuels du pétrole sont en train de modifier la carte pétrolifère mondiale à une vitesse phénoménale. Et la révolution est loin d’être finie. C’est une vraie décision historique que s’apprête à prendre le supergéant pétrolier Shell, qui va mettre fin à de nombreuses décennies d’exploitation intensive des champs pétrolifères de Mer du Nord.

Le groupe a déjà annoncé une réduction de 15 milliards de dollars de son enveloppe d’investissements annuels. Mais là, Shell va tout bonnement annoncer la restructuration d’une partie de son appareil physique, pour s’adapter à la nouvelle donne en matière de prix pétroliers. Plusieurs de ses 30 plates-formes en Mer du Nord, ainsi que des centaines de kilomètres de pipe-lines vont être démontés et mis à la casse ! Une décision qui va sans doute entraîner des opérations similaires chez les autres grands exploitants sur la zone, les analystes estiment que le processus pourrait s’étendre sur une trentaine d’année, et coûter au total 40 milliards de livres sterling…

Un chantier de démolition pourvoyeur de contrats

Une décision qui pour autant ne fait pas craindre pour l’avenir économique des pétroliers, au contraire. La nouvelle donne tarifaire dans l’énergie a déjà été convenablement intégrée dans les cours de bourse des majors de l’industrie. Et les sommes qui vont être investies, l’expertise nécessaire pour mettre en place cette sorte de chantier de démolition géant en pleine Mer du Nord, vont assurer du travail et des contrats pour tous les salariés de l’industrie, ainsi qu’aux parapétroliers.

Ce chantier de Mer du Nord est sans doute le commencement d’une nouvelle ère pour l’industrie pétrolière, contrainte d’investir à long terme sur sa propre décroissance pour redevenir une industrie plus rentable. L’ensemble de ces perspectives et anticipations d’annonces sont d’ailleurs en grande partie responsables de la remontée générale des cours du brut, notamment (et précisément) ceux du Brent, le pétrole de Mer du Nord, qui repasse à la hausse le seuil des 50 dollars, après 2 semaines passées sous les cours du pétrole américain WTI.

Ebullition en Asie

Amérique du Nord, maintenant Europe… restait l’Asie. Et là les majors du secteur, par leur taille et leurs capacités de production, vont elles aussi participer à cette redéfinition de la carte pétrolifère mondiale. De grosses annonces sont attendues chez les géants chinois Sinopec, CNOOC et Petrochina, ils pourraient réduire de concert leurs investissements de 30% selon les observateurs du secteur. Et c’est aussi du côté du mastodonte malaisien, Petronas, qu’on attend des plans similaires. Petronas étant un des principaux exportateurs asiatiques, qui fournit tout le continent, et dont la capacité de production quotidienne équivaut à celle de Total (1 million d’équivalents-baril/jour). Le groupe a annoncé déjà de 15 à 20% de réduction sur ses budgets d’exploration, mais devrait annoncer des coupes supplémentaires dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

Comme quoi, en ne touchant strictement à rien (officiellement) sur ses quotas de production, l’OPEP, Arabie Séoudite en tête, aura réussi à faire plier tout l’industrie pétrolière, et arriver à ses objectifs principaux : stabiliser et faire remonter les prix du pétrole. Un conflit macro-économique, très polissé, dont le Cartel aura remporté la première bataille de manière indiscutable, et sans tirer la moindre cartouche.​

Antoine Larigaudrie