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Malgré ses pertes, TechnipFMC distribue (encore) 15 millions à son patron 

L’américain Douglas Pferdehirt a touché 15 millions de dollars de rémunérations en 2019 alors que le groupe a essuyé 4 milliards d’euros de pertes en deux ans. L’an passé, son prédécesseur, le Français Thierry Pilenko, a touché 14 millions d'euros lors de son départ.

Les années se suivent et se ressemblent pour les dirigeants de TechnipFMC. L’actuel PDG du groupe, l’américain Douglas Pferdehirt, a touché 15 millions de dollars de rémunérations en 2019, selon le document de référence du groupe. En plus de son salaire fixe qui s’élève à 1,2 million de dollars, il a bénéficié de 10 millions de dollars d’actions et près de 3 millions de dollars en cash dans le cadre d’un plan de performance.

Une enveloppe étonnante alors que TechnipFMC a annoncé la semaine dernière un plan d’économie lié à la baisse du prix du pétrole. Il comprend 150 millions de baisse d’investissement et 130 millions de baisses de coûts. Les performances du groupe sont loin d’être flamboyantes depuis deux ans. En 2019, le groupe a essuyé une perte de 2,2 milliards d’euros après celle de 1,9 milliard d’euros en 2018. Certes, les marges se sont maintenues à 10,9%, un indicateur clé sur lequel s’appuie le système de rémunération des dirigeants du groupe.

Plus de 40 millions en trois ans

Sauf que depuis la fusion du Français Technip et de l’américain FMC en 2017, le groupe a revu à la baisse la valeur de ses activités pour 4 milliards de dollars deux ans. Autant de pertes dans les comptes du groupe: 1,9 milliard d’euros en 2018 et 2,2 milliards en 2019. Depuis la fusion, le cours de Bourse de TechnipFMC a été divisé par six! Conduisant à sa sortie récente du CAC40… Dans les comptes, ces pertes viennent essentiellement des anciennes activités de l’américain FMC. Pour les cadres français de l’ancien Technip, il n’y a pas de doute "On paie la révision à la baisse du prix beaucoup trop élevé de FMC lors de la fusion" estime l’un d’entre eux.

Le PDG Douglas Pferdehirt n’en est pas à son premier coup d’essai. Depuis 2017, il a accumulé 41,5 millions d’euros de rémunérations. Jusqu’au 1er mai 2019, il était directeur général de TechnipFMC avant d’en devenir PDG après le départ du président, le Français Thierry Pilenko. L’ancien patron de Technip avait lui aussi touché 14 millions d’euros lors de son départ l’an passé, comme l’avait révélé BFM Business.

Thierry Pilenko récupère encore 1,4 million

Thierry Pilenko a quitté ses fonctions de président le 1er mai dernier. Mais selon le rapport annuel, son contrat de travail a couru jusqu’au 31 décembre 2019, ce qui lui a permis de continuer à toucher ses 900.000 euros de salaire fixe sur l’année. Et d’encaisser un nouveau bonus de 402.000 dollars !

Le groupe reste très présent en France avec 5.000 salariés. Les activités françaises pèsent pour près de la moitié du bénéfice opérationnel du groupe, selon une étude du cabinet Sextant pour le comité d’entreprise de TechnipFMC. Mieux, les 200 millions d’euros de dividendes que la France renvoie vers les Etats-Unis sont l’essentiel de ceux groupe. Paris est l’un des deux piliers opérationnels du groupe avec Houston même si juridiquement, le siège est à Londres.

Une subtilité qui permet d’ailleurs à TechnipFMC de faire passer toutes ces rémunérations aux assemblées générales sans la moindre opposition. "Il n’y a jamais personne" confirme un cadre du groupe. En Grande-Bretagne, les assemblées générales sont des "chambres d’enregistrement" où les minoritaires ont peu de droit, s’indignent les associations d’actionnaires comme Phistrust ou Proxinvest.

L’Etat laisse faire

L’an passé, suite à nos révélations, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait qualifié d’"inacceptable" la rémunération de l’ancien président, Thierry Pilenko. Mais rien n’a changé. Les rémunérations des principaux dirigeants de TechnipFMC ont été approuvé à l’assemblée générale de 2019. Cette année, elle se tiendra le 24 avril et proposera aussi au vote la rémunération des cinq premiers dirigeants qui s’élève à… 33 millions de dollars! Exactement le montant d’économie de dépenses aux fonctions administratives que le groupe va imposer en raison de la crise.

Alors que fait l’Etat? La BPI dispose de 5,5% du capital de TechnipFMC et ne peut renverser seule les votes en assemblées générales. Elle compte un seul administrateur au conseil, Arnaud Caudoux. Mais à ses côtés siègent quatre autres administrateurs français: Olivier Piou, Didier Houssin, Marie-Ange Debon et Pascal Colombani. A eux cinq, ils pourraient peser face au neuf autres administrateurs du conseil. "Si le patron de la BPI ou Bruno Le Maire les convoquait tous pour leur dire de s’opposer, cela ferait bouger les choses, déplore un dirigeant du groupe. Mais ils laissent faire". En dehors d’Arnaud Caudoux qui ne perçoit rien, les quatre administrateurs touchent 300.000 dollars par an, soit deux à trois fois plus que les plus grandes sociétés du CAC40 comme Total ou LVMH.