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Les producteurs français de masques commencent à avoir du mal à écouler leurs stocks

Des centaines de PME se sont lancées, en urgence, dans la confection de masques pour lutter contre le coronavirus. Mais désormais les stocks s'accumulent et le retour à une certaine accalmie mondiale relance la concurrence étrangère.

Les "petits soldats" se sentent désormais un peu délaissés. Engagées dans la confection de masques, des centaines de PME ont reconverti leurs machines pour alimenter la France entière, confrontée à une pénurie de masques. Mais de pénurie, on est en train de frôler la surproduction. C'est même la "douche froide" en Auvergne-Rhône-Alpes, explique aux Echos Pierric Chalvin, le délégué général d'Unitex, qui représente le secteur textile de la région. "Les commandes des collectivités locales et des entreprises s'effondrent, quand elles ne sont pas annulées face à la concurrence des produits d'importation à moindre coût."

En réalité, un tel retournement était à craindre. Les Français sont désormais bien équipés tandis que l'épidémie de coronavirus est doucement en train de s'éteindre. Si une deuxième vague est toujours redoutée, les besoins ne sont plus les mêmes. Et les 5 millions de masques produits par semaine en Auvergne-Rhône-Alpes semblent peut-être un peu disproportionnés, surtout si la concurrence étrangère s'en mêle.

LVMH réfléchit à des masques siglés

Sur le plan national, 350 entreprises ont fabriqué des masques, souvent sans espérer un retour sur investissement. Pour les professionnels du textile, en revanche, le petit bout de tissu peut être aussi une niche intéressante. La marque de lingerie Chantelle en a fait un produit qualitatif dont on vante "la douceur" tandis que le groupe LVMH réfléchit à des masques siglés d'une grande marque de haute couture. "Il ne s’agit que de projets, d’ébauches, c’est encore trop prématuré pour évoquer quelque chose de concret" prévient néanmoins, à BFM Business, le groupe de luxe.

Encore faut-il affronter la concurrence mondialisée… Si la demande en masques médicaux a explosé en pleine épidémie, les stocks asiatiques sont désormais plus accessibles et un retour à un marché normal rend les masques français forcément moins compétitifs que ceux venus de l'est. 

Emmanuel Macron avait prévenu que certains secteurs de l'économie, à commencer par la filière de la santé, ne pouvaient être soumis aux lois du marché. La survie de la filière française du masque passera donc d'abord par la commande publique. "Nous soutenons les entreprises et les sollicitons pour mettre en place des lignes de production" expliquait à la mi-mai, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie Agnès Pannier-Runacher, sur France Bleu. "Une fois qu'elles ont fait le choix de cette transformation d'activité, nous les sécurisons avec des commandes d'Etat. On passe des commandes jusqu'à la fin de l'année."

Le masque de Macron

Les professionnels parient aussi sur la pérennité de l'accessoire dans le temps, pour les épidémies de grippe, par exemple. La mode va donc rattraper le masque pour le décliner en plusieurs modèles, aux tailles et styles différents. Depuis qu'Emmanuel Macron est apparu dans une salle de classe, couvert par un élégant masque à la cocarde tricolore, les commandes du producteur Chanteclair ont explosé. Une façon de sauvegarder un nouveau produit Made in France, déjà menacé…

Thomas Leroy