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La Syrie peut-elle faire flamber les prix du pétrole?

Les marchés attendent (relativement) calmement la suite des évènements au Moyen-Orient.

Les marchés attendent (relativement) calmement la suite des évènements au Moyen-Orient. - -

Christophe de Margerie, le PDG de Total, a récemment assuré que les prix du pétrole allaient baisser "aussi vite qu'ils sont montés". En réalité la situation syrienne n'explique pas tout, plusieurs facteurs entrent en jeu.

L’éventualité d’une intervention occidentale en Syrie a pour conséquence de faire grimper les prix du pétrole, et un passage à l’acte ne ferait qu’empirer les choses.

Reste à savoir si, comme le prédit Christophe de Margerie le PDG de Total, "les prix redescendront aussi vite qu’ils sont montés".

Tout dépend en fait du type d’intervention que la France et les Etats-Unis s’apprêtent à engager, et des possibles représailles.

Les marchés craignent une extension du conflit

Actuellement, la montée des prix peut s’expliquer en partie par les tensions intérieures en Lybie, qui produit 10 fois plus de pétrole que la Syrie.

La situation syrienne, elle, se contente de "provoquer une inquiétude diffuse au sein des marchés", explique Denis Bauchard, spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Ces derniers restent tout de même relativement calmes, attendant patiemment que les choses bougent.

Car la Syrie n’est pas le principal problème. Le pays est, certes, producteur de pétrole, mais ne représente que 0,2% de la production mondiale. Le risque d’un embrasement de la région est, lui, beaucoup plus craint.

L'attitude de l'Iran sera déterminante

Deux possibilités sont en fait envisageables. "Soit les occidentaux procèdent à des frappes ciblées et brèves (2-3 jours), et les prix redescendront rapidement", selon Denis Bauchard. "Israël l’a déjà fait, sans réaction du régime syrien".

Soit des représailles sont menées, "et c’est l’engrenage. L’Iran, solidaire de la Syrie, pourrait voir ses intérêts touchés par les frappes. Et l’Iran contrôle le détroit d’Ormouz", par lequel transite 20% de la production mondiale de pétrole.

Il lui sera toutefois difficile de le fermer entièrement, note le chercheur, mais cela pourrait tout de même entraîner d’importantes perturbations.

Le prix du baril pourrait battre des records

Dans ce cas précis, les prix du brut pourraient réellement décoller. Depuis le début de la crise syrienne, le baril WTI a augmenté de 7 à 8 dollars, atteignant son plus haut niveau à New York depuis mai 2011.

"S'il ne se passe rien, les prix dégonfleront de 7 ou 8 dollars. Par contre, si intervention il y a, personne ne sait jusqu'où cela peut monter", selon Jean-Louis Schilansky, le président de l'Union française des industries du pétrole (Ufip). Le record de 2008, à 147 dollars le baril, pourrait ainsi être dépassé.

La fiction pourrait d’ailleurs devenir réalité, selon Denis Bauchard : "Bachar Al-Assad devra réagir en cas d’attaque, s’il veut être cohérent avec ses déclarations. Le risque est là".

Yann Duvert