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La Birmanie devient le pays le plus pauvre à placer en orbite son propre satellite

Le gouvernement birman ne souhaitant plus dépendre des Américains ou des Chinois, il a demandé à Arianespace de mettre sur orbite son propre satellite acheté en Californie. Il rejoint les 72 autres pays présents dans l'espace. Les Etats-Unis contrôlent près de la moitié des appareils.

C'est une première pour la Birmanie. Mercredi, le pays d'Asie du Sud-Est a lancé son propre satellite de télécommunications, depuis la base d'Arianespace à Kourou (Guyane française). Opéré en partenariat avec l'opérateur Intelsat, celui-ci doit permettre au gouvernement et à l'armée de ne plus utiliser des appareils américains, chinois ou encore indonésiens.

Le coût du programme se chiffre à 138 millions d'euros. La Birmanie est pourtant l'un des pays les plus pauvres d'Asie, avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de seulement 1.298 dollars (1.160 euros) en 2018, d'après les données du Fonds monétaire international. Elle est désormais le pays le pauvre à opérer un satellite gouvernemental. 

Ce lancement symbolise une volonté croissante des gouvernements de disposer de leurs propres canaux de communications. La Birmanie sera en effet le 73ème pays à placer un satellite dans l'espace, selon la base de données de l'Union of Concerned Scientists (UCS), un groupe américain indépendant de scientifiques.

Bhoutan, Laos, Monaco...

La Birmanie rejoindra les grandes puissances spatiales: les Etats-Unis, la Chine et la Russie, qui contrôlent près des deux-tiers des 2.062 satellites, commerciaux et gouvernementaux, en orbite au 31 mars 2019. Mais aussi des pays plus inattendus, comme le Bhoutan, le Laos, la Mongolie, l'Irak, le Venezuela... Et même Monaco, qui a lancé un satellite en 2015 avec le Turkménistan.

A cette liste, il convient d'ajouter les pays qui participent à une organisation intergouvernementale. C'est le cas par exemple de 45 des 53 nations africaines, réunies au sein de la Rascom (Regional African Satellite Communication Organization). Ou encore des pays membres de la Ligue arabe, qui comptent sept appareils en commun.

Le Luxembourg devant la France

En tête de liste, les Etats-Unis arrivent loin devant tout le monde, avec 901 satellites. Ce chiffre intègre tous les types d'appareils: des "cubesats", ces nouveaux satellites miniatures pas plus grands qu'une boite à chaussures, aux traditionnels satellites géostationnaires. Derrière, la flotte chinoise est désormais deux fois plus importante que la flotte russe (299 contre 153).

Les pays européens, eux, sont à la traîne. Sur le podium, le Royaume-Uni (60 satellites) devancent l'Allemagne et le... Luxembourg (32 satellites). Le Grand-Duché est présent grâce à l'entreprise SES, le premier fournisseur de services de télécommunications par satellites au monde. La France ne compte que 13 satellites en orbite, auxquels s'ajoutent 9 appareils opérés en collaboration avec d'autres pays.

Les chiffres des pays du Vieux-continent ne prennent cependant pas en compte les satellites de l'Agence spatiale européenne (50 satellites) et de l'opérateur Eutelsat (29 satellites).

Développement des "cubesats"

Depuis deux ans, le nombre de satellites en activité s'est envolé. D'une centaine par an, les lancements ont dépassé la barre des 375 en 2017 et en 2018. Ce phénomène s'explique principalement par le développement des "cubesats", déployés sur une orbite basse. Plus de 1.300 appareils évoluent ainsi à une attitude comprise entre 500 et 2.000 kilomètres, contre 554 satellites géostationnaires (36.000 kilomètres d'altitude).

Ces satellites démocratisent l'accès à l'espace. Et ont fait émerger de nouveaux acteurs. A elle seule, la start-up américaine Planet disposaient, fin mars, de 214 satellites, qui photographient l'intégralité de la terre chaque jour. La britannique Oneweb, soutenue par Airbus et Virgin, ambitionne de lancer jusqu'à 2.000 micro-satellites pour fournir une connexion à Internet dans les régions les plus reculés ou les plus pauvres. SpaceX d'Elon Musk vise le même objectif et table sur une constellation de 4.000 appareils.

JM