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Gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne: pourquoi Paris pourrait lâcher Berlin

En 2017, le plan de financement de Nord Stream 2 a été validé par Alexeï Miller président de Gazprom, l'ex-chancelier allemand Gerhard Schroeder qui travaille désormais pour le groupe russe et Isabelle Kocher, présidente d'Engie

En 2017, le plan de financement de Nord Stream 2 a été validé par Alexeï Miller président de Gazprom, l'ex-chancelier allemand Gerhard Schroeder qui travaille désormais pour le groupe russe et Isabelle Kocher, présidente d'Engie - Eric Piermont - AFP

La France compte soutenir une directive européenne qui stoppera, si elle est adoptée, le projet de gazoduc germano-russe Nord Stream 2. Un coup dur pour l'Allemagne.

Le gazoduc sous-marin Nord Stream 2 qui doit permettre à la Russie d’alimenter l’Allemagne en gaz sans passer par l'Ukraine va-t-il voir le jour? Rien n’est moins sûr. La France pourrait s'y opposer affirme le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung (SZ). Confirmant ces informations, un porte-parole adjoint du Quai d'Orsay a précisé ce jeudi que la France compte soutenir une directive européenne qui compliquera, si elle est adoptée, le projet. 

Nord Stream 2 prévoit de relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique via un tube gazier de 1200 kilomètres permettant de livrer chaque année 55 milliards de m3 de gaz, soit à 11% de la consommation annuelle de l’Europe. Le chantier a été lancé en 2018 et 400 kilomètres ont déjà été installés.

Nord Stream 2
Nord Stream 2 © Wikipedia

Nord Stream 2 doit permettre de doubler les capacités de livraison entre la Russie et l'Allemagne en contournant la Pologne et l'Ukraine, par lesquelles transite le gaz russe, via le gazoduc Nord Stream 1. Chaque année, les de redevances sur le transit du gaz russe rapporte 3 milliards d’euros à l'Ukraine. 

La menace de sanctions américaines

Berlin peut compter sur l’appui de quelques pays de l’UE (Pays-Bas, Belgique, Autriche, Grèce et Chypre), mais si elle perd le soutien de la France, le chantier risque de ne jamais aboutir. Or Paris craint de créer une relation de dépendance énergétique entre l'Europe et la Russie et de, selon la source interrogée par le quotidien SZ de "nuire aux intérêts des pays de l'UE tels que la Pologne et la Slovaquie".

La France souhaiterait aussi ne pas exposer à des sanctions américaines Engie, qui a investi dans ce projet. Comme le rapporte EuObserver, le porte-parole de l'ambassade américaine à Berlin a récemment déclaré que "toutes les entreprises impliquées dans le secteur des gazoducs d'exportation de l'énergie russe s'exposent à des sanctions" dans le cadre d’une loi américaine (CAATSA, The Countering America's Adversaries Through Sanctions, "Contrer les ennemis des Etats-Unis par le biais des sanctions") qui vise l'Iran, la Corée du Nord et la Russie.

Les États-Unis pourraient donc infliger des amendes aux entreprises européennes qui ont cofinancé le gazoduc. Avec Engie, le géant anglo-néerlandais Shell, l'Autrichien OMV et deux entreprises allemandes Uniper et Wintershall sont aussi dans le viseur de Washington.

L'Ukraine au coeur des préoccupations

L’opération représente un budget total de 9,5 milliards d’euros. En 2017, le plan de financement a été validé en grande pompe par Alexeï Miller président de Gazprom, l'ex-chancelier allemand Gerhard Schroeder qui travaille désormais pour le groupe russe et Isabelle Kocher, présidente d'Engie.

Même en Allemagne, le sujet fait polémique. Après avoir laissé faire, Angela Merkel a admis que Nord Stream avait une portée "politique et stratégique". "Il faut clarifier le rôle de l'Ukraine. Les conséquences politiques doivent également être pris en compte", a notamment déclaré la Chancelière.

Interrogée jeudi à Bratislava, elle a concédé qu'il pouvait y avoir des "opinions différentes" sur Nord Stream 2 mais a affirmé travailler étroitement avec le président russe Vladimir Poutine pour s'assurer d'un transit équitable du gaz via l'Ukraine, tout en limitant la dépendance de l'Allemagne vis-à-vis de la Russie.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco