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De la larve à la croquette: les insectes, un marché prometteur pour l'alimentation animale

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Sources de protéines saines et écologiques, les insectes pourraient bien devenir la base de l'alimentation des animaux d'élevages. Plusieurs startup françaises montent en puissance sur ce marché.

Les élevages d'insectes, sources de protéines pour les animaux d'élevage et notamment les poissons, ne cessent de se développer et pour cause: l'offre peine à satisfaire la demande énorme du marché.

"Selon les derniers chiffres qu'on a pu établir, on est sur un peu plus de 5.000 tonnes de protéines d'insectes qui sont commercialisées pour le marché d'alimentation des poissons, essentiellement par les producteurs européens", a déclaré à l'AFP Christophe Derrien, secrétaire général de l'Ipiff, syndicat professionnel européen des producteurs d'insectes.

Le chiffre de 5.000 tonnes est à comparer avec un marché évalué entre 1,5 et 2 millions de tonnes, selon Christophe Derrien, même si les rations d'insectes n'ont pas vocation à se substituer totalement aux farines de poissons issues de la pêche minotière, régulièrement pointées du doigt pour leur impact sur la biodiversité marine.

Montée en puissance

Deux des leaders français et européens du secteur, Innovafeed et Ynsect, ont annoncé récemment une montée en puissance de leur production.

Un troisième acteur français, nextProtein, a levé la semaine dernière plus de 10 millions d'euros, pour entrer à son tour dans la production de masse d'insectes alimentaires.

"L'objectif pour 2025 est de produire jusqu'à 100.000 tonnes, ce qui représenterait environ 10% du marché total des protéines d'insecte à l'échelle mondiale", affirme à l'AFP Etienne Raynaud, chargé de stratégie pour cette jeune pousse, qui enjambe la mer Méditerranée.

Contrairement à ses rivaux hexagonaux, qui ont fait de la France la base de leur développement industriel, nextProtein, dont le siège est à Paris, a décidé de construire ses fermes d'élevage de larves de mouches en Tunisie, dans la région du Cap Bon. Un choix "majoritairement" dicté par des considérations de coûts, admet Etienne Raynaud.

Insectes "low-cost"

"Avoir développé notre premier site et le deuxième, post levée de fonds, en Tunisie nous a permis à la fois de baisser nos coûts et d'être à proximité des marchés importants pour la protéine d'insectes, l'Union européenne en premier lieu et l'Amérique du Nord et l'Asie pour l'aquaculture", déclare-t-il à l'AFP.

L'entreprise vise ainsi un modèle "hybride", entre le modèle européen majoritaire, qui vise selon elle, essentiellement les marchés à forte valeur ajoutée, et un modèle plus "low-cost", en vogue en Asie du Sud-Est et en Afrique de l'Est, dont les débouchés semblent limités à l'échelon local.

Cette implantation dans des pays présentant des coûts plus faibles pourrait laisser croire à une concurrence qui s'intensifie, mais à en croire Christophe Derrien, ce n'est aujourd'hui pas un sujet.

"La production demeure très limitée, donc le gros enjeu, pour ces producteurs, c'est de pouvoir augmenter leurs capacités de production", estime-t-il.

Protéine...écologique

Un constat que partage Etienne Raynaud, mais jusqu'à un certain point: "au-delà de cinq ans, c'est là où je pense on verra une sorte d'écrémage dans l'industrie", indique-t-il, estimant que les prix "nécessairement devront descendre", validant ainsi son modèle.

D'autres marchés que l'aquaculture ou les croquettes pour chiens et chats pourraient aussi dans les prochains mois, offrir de nouveaux débouchés.

L'alimentation des animaux d’élevage comme cochons et poules est "un marché gigantesque, qui croît très vite en raison du dynamisme de la demande mondiale de viande, en particulier dans les pays émergents", a souligné la semaine dernière dans un rapport la délégation à la prospective du Sénat. 

"Substituer une alimentation animale à base d'insectes aux aliments végétaux actuels (notamment soja) aurait le grand intérêt de réduire la déforestation mondiale", selon ce rapport.

Pas encore compétitif

"Les voyants sont au vert, on espère qu'un vote puisse être effectif d'ici à la fin de l'année. Concrètement, ça voudrait dire que l'autorisation deviendrait effective à partir de la mi-2021", estime Christophe Derrien, alors que l'Ipiff travaille à convaincre la Commission européenne et les Etats-membres.

Les sénateurs relèvent néanmoins que pour l'heure, "les farines d'insectes sont loin d'être compétitives par rapport au soja et autres protéagineux utilisés en alimentation animale".

Christophe Derrien reconnaît qu'il y a une "nécessité de réduire les coûts" des aliments donnés aux insectes, alors que les ressources disponibles pour les nourrir "sont relativement limitées".

L'Ipiff souhaite faire évoluer la législation pour pouvoir ajouter dans les rations des mouches "les invendus de supermarchés, qui pourraient contenir des produits d'origine animale", de quoi donner une nouvelle vie à une pizza au jambon périmée.

TL avec l'AFP