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Combien gagne Carlos Ghosn, le patron de l'Alliance Renault-Nissan arrêté au Japon?

Carlos Ghosn a été arrêté au Japon, alors qu'une enquête est en cours sur son salaire chez Nissan.

Carlos Ghosn a été arrêté au Japon, alors qu'une enquête est en cours sur son salaire chez Nissan. - AFP

Le montant des revenus du grand patron avait notamment entraîné un bras de fer avec l'Etat actionnaire.

Le patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors est au cœur de la tempête. Carlos Ghosn vient d'être arrêté ce lundi à Tokyo. L'homme d'affaires est notamment soupçonné par la justice japonaise d'avoir minoré depuis plusieurs années ses revenus. Ce n'est pas la première fois que les émoluments du grand patron font la Une de la presse. Mais jusqu'ici, seul le montant de sa rémunération suscitait la polémique.

Carlos Ghosn est en effet l'un des patrons le mieux payés de France depuis qu'il a repris les rênes de Renault en 2005 après avoir redressé Nissan. En 2017, il était ainsi le 3e patron le mieux payé de l'Hexagone derrière Bernard Charlès de Dassault Systèmes (24,6 millions d'euros) et Gilles Gobin de Rubis (21,1 millions d'euros). Carlos Ghosn a gagné l'an dernier 13 millions d'euros au total, selon le cabinet d'analyse Proxinvest. A titre de comparaison, la rémunération totale moyenne des dirigeants des 40 plus grands groupes cotés français était de 5,135 millions d'euros en 2017. Ici, l'intégralité des revenus du chef d'entreprise sont pris en compte: salaire fixe et variable, options et actions gratuites ou de performance, indemnités de départ, plan de retraite et autres éléments éventuels.

Des revenus très élevés par rapport à ses pairs japonais

Sur ces 13 millions d'euros de revenus, 5,6 millions d'euros étaient liés à ses fonctions chez Nissan. D'ailleurs sa rémunération chez le constructeur japonais, celle en cause aujourd'hui, n'avait baissé sur un an "que de 38% malgré l’abandon de ses fonctions exécutives, et reste 3,2 fois plus élevée que ses pairs nippons", soulignaient les analystes de Proxinvest. En effet, Carlos Ghosn a abandonné la direction opérationnelle du groupe japonais en avril 2017, son bras droit Hiroto Saikawa prenant sa place de directeur général. Carlos Ghosn n'en était pas moins resté président de Nissan, tout en conservant également son rôle de PDG chez Renault.

Proxinvest, qui n'avait pas publié d'étude portant sur l'exercice 2016, évaluait le salaire global de Carlos Ghosn à 15,6 millions d'euros en 2015. Au seul titre de ses fonctions chez Renault, Carlos Ghosn avait empoché 7,2 millions d'euros en 2015, 7,058 millions d'euros en 2016 et 7,38 millions d'euros en 2017.

Une baisse de rémunération sous la pression de l'Etat

Selon les calculs réalisés en 2017 par le magazine Capital, Carlos Ghosn aurait gagné (rémunération de Nissan comprise) plus de 100 millions d'euros de 2009 à 2016.

En France, la rémunération de Carlos Ghosn agaçait jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. En 2016, elle avait même été rejetée en Assemblée générale. L'Etat actionnaire, qui détient actuellement 15,01% du capital du constructeur automobile français, avait alors voté contre ses émoluments. Si à l'époque le vote était simplement consultatif (alors qu'il est aujourd'hui contraignant), il s'agissait de la première fois dans l'histoire du CAC 40 que la majorité des actionnaires s'opposaient à une résolution sur la rémunération d'un dirigeant.

Pour 2017, nouveau camouflet. L'Etat continue de voter contre et sa rémunération chez Renault atteint de justesse la majorité nécessaire, avec un taux d'approbation de 56,5% seulement en assemblée générale. Sous la pression du gouvernement, Carlos Ghosn avait fini par accepter de baisser de près de 30% ses revenus chez Renault en 2018, tout en obtenant de rempiler pour un nouveau mandat de quatre ans courant jusqu'en 2022.

Jean-Louis Dell'Oro