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Ce que l'on sait déjà des sous-marins français commandés par l'Australie

Le premier des douze sous-marins sera livré à l'Australie en 2030

Le premier des douze sous-marins sera livré à l'Australie en 2030 - HO / DCNS / AFP

Les futurs sous-marins australiens, de classe Barracuda de la Marine nationale, remplaceront les actuels Collins d'ancienne génération. Voilà tout ce que l'on sait de ses navires qui seront construits à Adélaïde.

Après 18 mois de discussion, Canberra et Paris ont signé lundi leur "partenariat stratégique" impliquant un colossal contrat de 50 milliards de dollars australiens (31 milliards d'euros) pour la construction de 12 sous-marins. Les Shortfin Barracuda sont des sous-marin hors normes qui permettront à la marine australienne d'étendre leur champ d'action dans le Pacifique. 

Une version "diesel" du Barracuda

Barracuda est un programme de sous-marins français à propulsion nucléaire. Mais ceux vendus par Naval Group à l'Australie sont des submersibles conventionnels "diesel/électrique" précise Naval Group. La nuance est importante. La force d'un sous-marin à propulsion nucléaire est de plonger pendant une très longue période, alors qu'un modèle conventionnel doit remonter à la surface très régulièrement. Le constructeur ne dit pas à quel rythme les Shortfin Barracuda remonteront à flot, l'information est confidentielle.

Un monstre de 5000 tonnes

Si les sous-marin conventionnels pèsent habituellement entre 1.500 et 2.500 tonnes, ceux que l'Australie a commandé est d'un tout autre gabarit. Les Shortfin Barracuda devraient atteindre une centaine de mètres de long pour environ 5000 tonnes. Les mensurations exactes ne sont pas encore arrêtées: la phase de design des bâtiments n'est pas encore achevée. A son bord, l'équipage se compose de plusieurs dizaines de personnes, dévoile Naval Group. 

Du Pacifique à la mer de Chine

Cette capacité les rend aptes à effectuer des patrouilles lointaines pour couvrir l'océan Pacifique et la mer de Chine. Les eaux au nord et à l'est de l'Australie sont déjà le théâtre d'une âpre bataille d'influence entre les Etats-Unis, la Chine et les puissances régionales. Pékin a des prétentions territoriales sur l'essentiel de la mer de Chine méridionale, une zone de navigation vitale pour le commerce mondial. La marine chinoise entend projeter l'influence du pays bien au-delà de ces eaux, et notamment dans le Pacifique Sud et Ouest, où l'Australie fut longtemps l'acteur dominant.

Une discrétion acoustique exceptionnelle

Sous la mer, le moindre bruit laisse une trace qui est guettée par les "oreilles d'or", ces spécialistes formés "à la reconnaissance auditive des bruits sous-marins, naturels et artificiels". Quel sera le niveau sonore de ces Barracuda à propulsion diesel? Selon Naval Group, cette génération de sous-marin affichera une "capacité de discrétion acoustique exceptionnelle", annonce le groupe industriel. Comment? En diluant la signature acoustique de ces sous-marins avec le bruit de la mer. "L'idée est d'être moins bruyant que la mer elle-même", promet Naval Group. 

Le montant du contrat pour les entreprises françaises

On ne saura pas le prix d'un sous-marin, secret défense oblige, mais si la facture totale à régler par l'Australie atteint 31 milliards d'euros (50 milliards de dollars australiens ou 35,42 milliards de dollars américains) sur 50 ans, pour 12 Shortfin Barracuda, ce n'est pas le montant que percevront les entreprises françaises dont Naval Groupe, ex-DCNS.

Selon Le Monde, la plus grosse part reviendra à l’américain Lockheed Martin qui fournit le système de combat. La part française est de l'ordre de 8 milliards d'euros et comprend la construction des usines d'Adelaïde qui fabriqueront ces sous-marins. Ce montant reste néanmoins le contrat de ce type le plus important d'Europe, précise Naval Group. Il va créer environ 2.800 emplois en Australie et occuper 500 personnes en France pendant 5 décennies.

Livraison pas avant 2030

Plus qu'une commande, c'est un programme qui va prendre du temps. La cérémonie de découpe de la première tôle, qui donne le top départ de la phase de construction, n'aura pas lieu avant la mi-2023. Les 12 sous-marins seront livrés entre 2030 et 2040. Rappelons aussi que la négociation de ce contrat a été longue. Elle a démarré en 2016.

Pascal Samama avec AFP