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Avions de combat: pourquoi le Rafale n'avait (presque) aucune chance face au F-35 en Allemagne

La signature d'un contrat de F-35 par l'Allemagne était cousue de fil blanc. Face à l'avion américain, le "meilleur avion du monde" avait peu de chance de l'emporter. Explications.

La signature d'un contrat de 35 F-35 par l'Allemagne est imminente. Si c'est une déception pour la souveraineté européenne et l'industrie français de l'armement, ce n'est une surprise pour personne, même pas pour Dassault Aviation. Depuis des mois, Éric Trappier, son patron, prévenait que le choix des Allemands se porterait sur l'avion américain.

La presse allemande confirme que Berlin compte s'équiper de 50 avions de combat, 35 F-35 de l'américain Lockheed Martin et 15 Eurofighter, l'appareil développé par Airbus Defence & Space et Leonardo avec une coopération entre le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. L'appareil européen en version "ECR SEAD" pour des opérations de brouillage électronique de systèmes de défense anti-aérien.

Avec ses Rafale, la France avait-elle des chances de séduire la Bundeswehr? Les experts reconnaissent désormais qu'elle n'en avait pratiquement aucune et pas seulement des relations difficiles entre les deux pays sur les sujets industriels et d'armement.

Dissuasion nucléaire

Il s'agit pour Berlin de remplacer sa flotte de Tornado destinée à assurer sa mission nucléaire au profit de l'OTAN. Et si le Rafale peut remplir les missions de dissuasion, l'appareil n'est pas homologué pour les bombes nucléaires tactiques B-61 Mod12 américaines que l'Allemagne stocke sur son sol pour le compte du Pentagone. Quelques appareils sont compatibles avec cet armement, parmi eux, les Tornado que l'Allemagne compte remplacer.

Ce choix reste un coup dur pour la souveraineté européenne. L'usage des B-61 est soumis à l'approbation de Washington qui possède l'une des deux clés permettant de les utiliser.

L'autre élément qui a pesé est la furtivité du F-35 qui, grâce à son design et à un revêtement spécifique de sa surface, est difficilement détectable par les capteurs radar ou infrarouge. Un point rappelé par le site spécialisé Opex360.

"La Luftwaffe a besoin d’un avion difficile à détecter par les radars et capable de frapper des cibles à grande distance", indiquait un responsable de l'armée d'Air allemande en précisant que cette capacité serait un atout dans la capacité de dissuasion.

Reste le prix. Le F-35 est un appareil cher, mais surtout, sa maintenance est hors de prix. Pour réduire ces frais, la maintenance des F-35 allemande devrait être mutualisée avec les Pays-Bas qui ont commandé 46 appareils à Lockheed Martin. Par ailleurs, Lockheed Martin dispose d'un site de production en Italie capable de fournir compétences techniques et pièces détachées.

Un coup dur pour Dassault et Airbus

Si la décision de Berlin d'acquérir des avions américains est un coup dur pour Dassault, c'en est également un pour Airbus. Depuis des années, Dirk Hoke, son PDG d’Airbus, prévient que le choix du F-35 risque "d'affaiblir l’industrie européenne de la défense et la rendre de plus en plus tributaire de la technologie américaine".

Mais aussi, il risque de porter un coup fatal au programme Scaf mené par Dassault et Airbus. Dans un rapport sur les conflits de haute intensité, les députés Patricia Mirallès et Jean-Louis Thiériot mettaient en garde sur les conséquences d'un contrat allemand de F-35.

"L’Allemagne a besoin de remplacer urgemment ses Tornado pour mettre en œuvre la dissuasion dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN. Des rumeurs persistantes font état de la préférence de la Luftwaffe pour le F-35 qui, s’il était acquis, supprimerait le besoin allemand d’un nouveau chasseur à horizon 2040", prévenaient les députés qui craignaient pour l'avenir du Scaf.

Berlin tente de rassurer ses partenaires sur ce risque. Selon la presse allemande, le gouvernement allemand affirme que l'achat des F-35 ne remettra pas en cause le programme d'avion du futur. Le chancelier allemand Olaf Scholz a également écarté ces craintes fin février, estimant qu'à long terme, le projet d'avion européen était une "priorité absolue".

La France ne compte pas pour autant stopper son projet de créer le successeur du Rafale.

"De toute façon, l'armée française aura besoin de l'avion du futur", a rappelé sur BFM Business Joël Barre, délégué général pour l'armement à la DGA.

Éric Trappier maintient qu'il a prévu un plan B au cas où Dassault ne trouverait pas d'accord avec Airbus. A moins que le contrat germano-américain incité les deux industriels concurrents à se mettre d'accord pour éviter "d'affaiblir l’industrie européenne de la défense".

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco