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Assaut israélien sanglant contre la flottille pour Gaza

Militant propalestinien évacué vers un hôpital de Haïfa. Des commandos de la marine israélienne ont pris d'assaut lundi matin la flottille transportant de l'aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, faisant plus de dix morts dans les rangs des m

Militant propalestinien évacué vers un hôpital de Haïfa. Des commandos de la marine israélienne ont pris d'assaut lundi matin la flottille transportant de l'aide humanitaire à destination de la bande de Gaza, faisant plus de dix morts dans les rangs des m - -

par Dan Williams et Alastair Macdonald JERUSALEM - Des commandos de la marine israélienne ont pris d'assaut lundi matin la flottille transportant de...

par Jeffrey Heller et Alastair Macdonald

JERUSALEM (Reuters) - Des commandos israéliens ont pris d'assaut lundi avant l'aube un navire turc qui cherchait à forcer le blocus de Gaza, tuant neuf militants selon l'armée israélienne et provoquant une crise diplomatique et des manifestations de colère dans de nombreuses capitales.

A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni dans l'après-midi et l'Onu a condamné la mort de civils tués dans des eaux internationales.

La Turquie, allié musulman proche d'Israël par le passé, a accusé l'Etat hébreu d'avoir commis un acte de "terrorisme d'Etat". La plupart des tués sont des ressortissants turcs, a déclaré un responsable israélien.

L'Union européenne a réclamé une enquête complète et impartiale et la levée de l'embargo dans la bande de Gaza.

Les Etats-Unis se sont montrés prudents dans leur réaction. Le président Barack Obama a dit vouloir toute la vérité sur les événements.

En visite au Canada, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annulé une rencontre prévue mardi avec Obama pour regagner précipitamment Israël. Il a regretté les pertes en vies humaines mais ajouté que le blocus du territoire palestinien, en place depuis que le Hamas s'en est emparé il y a trois ans, se poursuivrait.

Le Premier ministre israélien a également déclaré que les commandos avaient été "attaqués, frappés, poignardés" et qu'ils avaient agi en état de légitime défense.

INFORMATIONS PARCELLAIRES

Les six navires de la flottille arraisonnée dans la nuit ont été convoyés par la marine israélienne vers le port israélien d'Ashdod. Les informations sur l'assaut sont encore parcellaires, du fait de la censure militaire israélienne.

Les Israéliens, qui avaient prévenu qu'ils arraisonneraient tout navire tentant de forcer le blocus maritime de Gaza, disent que les commandos, débarqués par canot et par hélicoptère, se sont heurtés à une vive résistance des passagers de la flottille, dont certains étaient armés de couteaux. Des militants ont fait usage d'armes prises aux Israéliens.

Un membre du commando israélien a confié à la presse avoir été la cible de tirs et attaqué à coups de barres de fer et de couteaux lorsqu'il est descendu en rappel d'un hélicoptère sur le paquebot turc Mavi Marmara, "navire amiral" de la flottille, vers 01h00 GMT. C'est à bord de ce paquebot turc, qui avait 581 personnes à son bord, qu'ont péri les militants.

L'armée israélienne a déclaré dans la soirée que neuf militants avaient été tués dans l'assaut. Sept soldats et vingt militants ont également été blessés.

En Israël, des commentateurs se sont demandés comment les chefs militaires avaient pu placer les soldats en position de se faire encercler ou piéger.

Les six bateaux avaient appareillé dimanche soir de Chypre pour livrer 10.000 tonnes d'aide aux 1,5 million de Gazaouis en brisant le blocus naval.

ABBAS DENONCE UN "MASSACRE"

L'affaire, qui soulève un tollé dans nombre de capitales, y compris dans des pays alliés d'Israël, risque de remettre en cause les pourparlers indirects entamés voici trois semaines entre Palestiniens et Israéliens.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dénoncé un "massacre" et décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens.

Des manifestations ont été organisées dans de nombreuses villes européennes, à Paris, Rome ou Stockholm, et la police a dû intervenir à l'aide de gaz lacrymogène à Athènes pour disperser des protestataires réunis devant l'ambassade d'Israël.

En Turquie, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés dans le centre d'Istanbul et le gouvernement a vivement réagi, parlant d'assaut "inacceptable" et soulignant qu'"Israël devra supporter les conséquences de ce comportement".

Le convoi avait été organisé entre autres par une association turque de défense des droits de l'homme et Ankara avait demandé à Israël d'autoriser le passage des navires.

La Syrie a réclamé une réunion d'urgence de la Ligue arabe, l'Egypte a convoqué l'ambassadeur d'Israël au Caire et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a dénoncé un acte "inhumain".

La France, qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est déclarée "profondément choquée". Nicolas Sarkozy a fait part de sa "profonde émotion devant les conséquences tragiques de l'opération".

"Certaines tragédies seraient entièrement évitables si Israël tenait compte des appels répétés de la communauté internationale à mettre fin au blocus contreproductif et inacceptable de Gaza", a estimé un haut responsable de l'Onu.

Les autorités israéliennes ont maintenu un discours de fermeté, même si le ministre du Commerce, Benjamin Ben-Eliezer, a reconnu que l'affaire allait provoquer un "gros scandale".

Le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon a tenu responsable les militants à bord de la flottille des violences et affirmé qu'il s'agissait de personnes alliées aux ennemis d'Israël, en l'occurrence au Hamas et à Al Qaïda.

Avec Ori Lewis et Rami Amichai à Ashdod, Nidal al Moughrabi à Gaza, Mohammed Assadi et Ali Saouafta à Ramallah, Michele Kambas à Nicosie et Tulay Karadeniz à Ankara, Matt Spetalnick à Washington, David Ljunggren à Ottawa et Dan Williams, Tom Perry, Ari Rabinovitch et Joseph Nasr à Jérusalem; Grégory Blachier, Henri-Pierre André, Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français