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Aigle Azur: 13.000 passagers attendent toujours d'être rapatriés

Alors que la compagnie aérienne placée en redressement judiciaire attend l’officialisation des offres de reprises ce lundi, 13.000 passagers dont les vols retour ont été annulés sont toujours en attente d’une solution.

En dehors de l'avenir de la compagnie se pose la question du dédommagement et du rapatriement des voyageurs. Le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari a confirmé ce matin sur BFMTV que sur les 19.000 passagers dont les vols retour ont été annulés, 13.000 étaient toujours bloqués, dont 11.000 en Algérie. Auparavant, le secrétaire d’État aux transports avait affirmé dans Le Parisien qu’au "moins la moitié des passagers auront été rapatriés d’ici la fin de cette semaine".

Le gouvernement a d’ailleurs convoqué les autres compagnies françaises vendredi soir, Air France, Air Caraïbes, XL Airways et Corsair, pour mettre en place un plan d’entraide. Air France, notamment, aurait affrété deux vols spéciaux samedi et deux autres dimanche pour Alger, selon la Police de l'air et des frontières. Des vols qui n'étaient qu'au quart pleins à l'aller, mais sans place libre au retour, selon cette source.

Journée cruciale

D'autre part, le nombre de billets Aigle Azur payés par les agences de voyage pour les semaines et les mois à venir est estimé à 40.000, selon Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage qui regroupe les agences de voyage françaises.

Mais pour le moment, la question du jour reste celle de l'avenir de la compagnie et de ses 11 avions avec lesquels elle a transporté 1,88 million de passagers en 2018, pour un chiffre d'affaires de 300 millions d'euros.

La journée qui s'ouvre sera cruciale à ce titre: les candidats à la reprise de la compagnie aérienne, qui emploie près de 1.200 personnes et a cessé ses vols vendredi soir, doivent abattre leurs cartes avant lundi midi.

En redressement judiciaire, le spécialiste de la desserte de l'Algérie est dans une telle impasse financière qu'il ne peut ni dédommager financièrement ses clients ni même assurer le rapatriement des voyageurs dont le vol retour a été annulé.

Plusieurs scénarios de reprise de la compagnie sont envisagés par les syndicats, mais aucun repreneur potentiel, en particulier Air France, ne voulait confirmer ses intentions. "Nous faisons pas de commentaire", a déclaré dimanche un porte-parole d'Air France, ajoutant simplement que "la situation évolue".

"Quasi-certitude" sur une reprise partielle par Air France

Pour Raphaël Caccia, secrétaire général de la CFDT du transport aérien, une offre de reprise partielle par Air France de la partie court et moyen-courrier (les A320), surtout à destination de l'Algérie, est une "quasi-certitude". Dans ce cas de figure, le groupe Dubreuil, propriétaire majoritaire d'Air Caraïbes, pourrait reprendre les longs courriers de la compagnie qui desservaient notamment le Mali et le Brésil.

La CFDT, qui n'est pas hostile à ce scénario si tous les salariés retrouvent un emploi, n'exclut pas non plus une offre de reprise partielle par le grand acteur espagnol du low cost Vueling, avant tout intéressé par les créneaux d'atterrissage ("slots") dont Aigle Azur dispose à Paris-Orly. Il s'agit d'un ensemble de 9.800 créneaux horaires annuels dans cet aéroport où le total pour toutes les compagnies est plafonné à 250.000.

Une reprise intégrale sous la houlette de Lionel Guérin, ancien dirigeant du groupe Air France, est souhaitée par le syndicat des pilotes de ligne (SNPL) d'Aigle Azur, mais est jugée "complètement surréaliste" par Raphaël Caccia, qui souligne que ce projet repose sur l'entrée de l'État et des salariés au capital.

"Des salariés qui entreraient au capital"

"Nous poussons très fort une solution de reprise basée sur Air France, qui serait actionnaire minoritaire disposant d'une minorité de blocage, avec Lionel Guérin qui prendrait les rênes et des investisseurs et les salariés qui entreraient au capital", a expliqué Martin Surzur, président du SNPL d'Aigle Azur.

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a évoqué vendredi "une offre principale" de reprise, mais n'en a pas dit plus. Un comité d'entreprise extraordinaire doit se réunir à 15 heures pour examiner les offres de reprises qui auront été déposées.

La CFDT appelle les salariés à se réunir à partir de 13 heures devant le siège social d'Aigle Azur situé dans la zone d'Orly Tech, non loin de l'aéroport, tandis que le SNPL les a appelés à faire de même à 14 heures. Plus tôt en fin de matinée, FO et le SNPL appellent par ailleurs à un rassemblement devant le ministère des Transports à Paris.

N.G. avec AFP