BFM Business

Free : 350 000 abonnés perdus en 2018

-

- - MARCO BERTORELLO / AFP

L’opérateur a continué à perdre des clients en fin d’année, aussi bien dans le fixe que dans le mobile. Les effets de sa Freebox Delta et de sa transformation ne se font pas encore sentir, et des cessions sont envisagées. Le titre s’écroule à nouveau.

Il n’y aura pas eu de miracle. Pour Iliad, la maison mère de Free, l’année 2018 s’est achevée comme elle a commencé : de la plus mauvaise des manières. Contrairement à ses concurrents, l’opérateur a perdu des clients au 4e trimestre et le bilan 2018 est catastrophique avec une hémorragie de 347 000 abonnés dont 254 000 dans le mobile et 93 000 dans le fixe. A fin 2018, Free compte 19,8 millions d’abonnés au global contre 20,2 millions un an plus tôt.

Comme depuis plusieurs trimestres, le groupe met en avant un « marché très promotionnel, en raison d’une compétition intense, la hausse de la TVA et des promotions » pour expliquer ce recul. Il oublie de préciser qu’il a largement contribué à ce contexte de guerre des prix. Mais c’est bien l’essoufflement de son modèle low-cost qui est en cause.

On le voit dans le mobile, la base d’abonnés à l’offre à 2 euros/mois continue de diminuer, en recul de près d’un million d’abonnés sur l’année. Et pour la première fois de son histoire, Free enregistre un recul de 1,9% de son chiffre d'affaires français à 4,768 milliards d'euros.

Free souligne qu’il a entamé sa grande transformation dont les effets tardent à se faire ressentir. Dans le mobile, il fait tout pour inciter les clients à adopter son forfait premium, d’ailleurs ce dernier gagne 722 000 clients nets en 2018 à 7,8 millions d’abonnés.

Vente des bijoux de famille

Dans le fixe, il a clairement fait le choix du premium avec la nouvelle Freebox Delta. Lancée à la mi-décembre, son éventuel succès ne se verra qu’après le premier trimestre. En attendant, Free annonce 100 000 souscriptions en moins de deux mois, sans préciser quelle est la part de recrutements nets et la ventilation des abonnements entre l’offre la plus chère et celle dénuée de l’enceinte Devialet, lancée un peu en catastrophe pour répondre aux critiques. Cette ventilation sera le marqueur de la réussite de cette montée en gamme.

Le groupe a également annoncé une offensive dans le B2B qui s’est traduite par le rachat de Jaguar Network. Mais là encore, les observateurs sont circonspects tant ce marché est complexe et en-dehors de l’ADN de Free.

Bref, on sent une certaine fébrilité chez Iliad, peu habitué à présenter des résultats en baisse. On notera d’ailleurs que le résultat net s’écroule de 18,5% à 330 millions d’euros. Pas de quoi redresser une action qui a perdu plus de la moitié de sa valeur en un an et qui lâche encore plus de 5% ce mardi matin à l’annonce de ces mauvais résultats. Clairement, la confiance a disparu mais le groupe de Xavier Niel l'assure : « 2019 ouvre un nouveau cycle de croissance et d’innovation ».

Et d'ajouter : « Iliad détaillera les principaux axes de sa stratégie de croissance et d’innovation pour les prochaines années mi-avril », preuve qu’il faut encore rassurer.

Outre la montée en gamme dans le fixe, dont la pertinence demande à être prouvée, Free entend actionner d’autres leviers. Notamment, sortir de sa dépendance aux promotions à prix plancher, tenter de fidéliser les clients (un paradoxe à digérer pour celui qui s’est toujours présenté comme le roi du sans-engagement), encore investir dans les infrastructures (même si le montant global a été revu à la baisse pour 2020 à 800 millions au lieu d’1 milliard), miser sur les abonnements à valeur ajoutée (avec la fibre optique) mais aussi vendre les bijoux de famille…

Là encore, c’est sans précédent, Iliad annonce qu’il pourrait céder une partie de ses antennes mobiles pour récupérer des fonds. Comme SFR avant lui.

« Le groupe a entamé un processus de revue de ses actifs mobiles et étudie actuellement la possibilité de mettre en œuvre un partenariat industriel avec un fonds d'investissement concernant l'infrastructure passive de son réseau mobile, portant sur environ 5 700 sites mobiles », affirme Iliad dans son communiqué de résultats, sans dévoiler l'identité de ce fonds.

Olivier CHICHEPORTICHE