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Fonds activistes: mieux vaut "des actionnaires actifs que dormants", assure Loïc Dessaint (Proxinvest)

Parce que les pratiques des fonds activistes peuvent avoir un impact non négligeable sur les organisations, un rapport initié par Eric Woerth visant à encadrer (mais pas trop) cette activité sera rendu public ce mercredi.

Le fonds activistes - qui investissent au capital d'entreprises en vu de les amener à prendre des mesures leur permettant d'améliorer l'ensemble de leurs performances - ont la réputation (d'où leur nom) d'exercer, souvent au travers de campagnes publiques, des pressions qui visent à infléchir la stratégie d'une société cotée.

Cette stratégie peut être perçue comme une volonté de faire évoluer le management d'une entreprise dans le bon sens, ou bien d'optimiser la stratégie de celle-ci. Mais les pratiques des fonds activistes dérangent parfois l'establishment. La participation des fonds en question peut parfois donner lieu à des salves de critiques auxquelles les entreprises doivent rapidement remédier. Une mécanique bien rodée outre-Atlantique mais qui se déploie également aujourd'hui en Europe et, notamment, en France.

Réguler "soft"

Pour contrer cette émergence, la commission des Finances de l’Assemblée nationale, sous l'impulsion de son président Eric Woerth, a donc décidé de s'emparer du sujet et de rédiger un rapport rendu public ce mercredi 2 octobre.

Un rapport qui vise à encadrer des fonds qui, sur le papier, font leur travail d'actionnaire, et que Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest et l'un des contributeurs, invité sur le plateau de Good Morning Business, voit plutôt d'un bon œil.

"Le rapport essaie justement de ne pas trop encadrer. Donc de faire de la régulation soft on va dire", souligne-t-il. "Le rapport finalement considère que l'activisme, les activistes ont un rôle, et parfois il vaut mieux avoir des actionnaires actifs que des actionnaires dormants (…) Ou les actionnaires dormants se reposent un peu sur les activistes qui sont une poignée effectivement, qui agissent beaucoup plus aux Etats-Unis, plus au Royaume-Uni et qui commencent à agir, en fait, ces dernières années en France".

De l'avis du directeur général de Proxinvest, il apparaît clairement que "de temps en temps l'activisme effectivement, ce n'est pas très plaisant parce qu'il remet en cause le management, mais ça peut aussi être intéressant pour les actionnaires", ajoute-t-il.

L'attractivité tricolore en question

Sauf qu' à l'heure où l'exécutif poursuit sa stratégie pour faire de la France et plus spécifiquement de Paris, une place financière attractive et reconnue par les investisseurs, la question de savoir si cette régulation, même "soft", ne risque pas de contrarier cet objectif. Et ce, bien que les fonds activistes se voient régulièrement reprocher le fait de jouer la carte de l'opacité et de dévoiler leurs véritables intentions un peu trop tardivement.

À cela, Loïc Dessaint répond que "le rapport essaie d'être assez équilibré, c'est-à-dire qu'il ne veut pas interdire l'activiste, il reconnaît qu'ils ont un rôle à jouer. Il essaie de réduire une asymétrie d'informations et éventuellement de donner plus de moyens à l'AMF (Autorité des marchés financiers – NDLR) pour encadrer ou enquêter le cas échéant".

Julie Cohen-Heurton